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Les survivants d'Halabja la martyre réclament justice à l'industrie chimique


Mercredi 17 mai 2006 à 08h00

HALABJA (Irak), 17 mai 2006 (AFP) — Dix-huit ans après le gazage de la ville kurde d'Halabja sur l'ordre de Saddam Hussein, Kamil Abdel Kader réclame justice, pour la mort de sa famille et sa santé détruite, au nom des survivants d'une attaque chimique qui a fait 5.000 morts et détruit une ville.

Le visage émacié, Kamil Abdel Kader souffre de bronchite chronique, d'une grave fibrose pulmonaire et de troubles de vision à l'oeil gauche, des symptômes qui affectent aujourd'hui un grand nombre d'habitants d'Halabja.

Le 16 mars 1988, après la prise de la ville par les peshmergas (combattants kurdes) de l'Union patriotique du Kurdistan (UPK, le parti du président irakien Jalal Talabani), appuyés par des soldats iraniens, Saddam Hussein ordonne le bombardement chimique de la ville.

"Les médecins m'ont dit qu'il fallait m'enlever un morceau gros comme le poing de mes poumons pour que je survive. Pourtant, je peux dire que j'ai de la chance d'être encore là aujourd'hui", assure Abdel Kader, dont la famille de huit personnes a péri, sous ses yeux, alors qu'ils tentaient d'échapper aux gaz en fuyant des les collines environnant la ville.

Aujourd'hui, l'Association des victimes de l'attaque chimique d'Halabja, qu'Abdel Kader a créée, veut faire payer les entreprises et les gouvernements qui ont aidé Saddam Hussein à constituer son arsenal chimique, pour venir en aide aux survivants.

"La responsabilité du massacre d'Halabja incombe bien sûr à Saddam Hussein et au maître d'oeuvre de sa campagne anti-Kurde, Ali Hassan al-Majid, +Ali le chimique+, mais des entreprises du monde entier sont coupables de les avoir armés", explique-t-il.

Les noms de ces entreprises n'ont jamais été rendues publiques et les autorités irakiennes n'ont pas fait savoir si elles souhaitaient engager des poursuites qui pourraient ruiner les réputations de multinationales de premier plan.

Le 23 décembre 2005, un homme d'affaires néerlandais, Frans Van Anraat, a cependant pour la première fois été condamné à La Haye à 15 ans de prison pour "complicité de crimes de guerre", pour avoir fourni au régime de Saddam Hussein des produits chimiques utilisés lors du "génocide" contre les Kurdes d'Irak, notamment à Halabja.

"Ceux qui souffrent encore aujourd'hui ont besoin de beaucoup d'argent pour être soignés dans des hôpitaux en Occident. Nous voulons que ceux qui ont aidé Saddam soient punis et que nos droits soient pris en compte", demande Abdel Kader.

Les habitants d'Halabja continuent de souffrir des résidus du bombardement chimique. Le taux de stérilité des femmes est très élevé et les fausses couches nombreuses, en raison de malformations de la moelle épinière ou d'hypertrophies de la tête des foetus.

"Il y a toujours des produits chimiques dans le sol, dans la nourriture. Personne n'a fait quoi que ce soit pour nettoyer le site", dénonce le Dr Shnow Hussein, un gynécologue de l'hôpital d'Halabja.

Au-delà des problèmes médicaux, c'est le manque d'attention du gouvernement autonome du Kurdistan, qui provoque la colère des habitants de la ville martyre.

Le 16 mars, jour anniversaire de l'attaque chimique, plusieurs milliers de jeunes hommes s'en sont pris au monument commémoratif de la ville, qu'ils ont brûlé en accusant les autorités de ne considérer la tragédie que comme un instrument de propagande.

"Chaque année, des visiteurs officiels viennent faire de beaux discours et de généreuses promesses, mais il n'y a jamais rien derrière", accuse Habat Nawzad, un habitant de la ville.

"Le 16 mars pour nous, c'est comme un supermarché qui n'ouvrirait qu'une journée dans l'année, et qui fermerait ses portes avant qu'on n'ait eu l'occasion d'acheter quelque chose", regrette-t-il.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.