
Mardi 13 janvier 2026 à 13h57
Alep (Syrie), 13 jan 2026 (AFP) — L'armée syrienne a demandé mardi aux forces kurdes de se retirer d'une zone qu'elles contrôlent à l'est d'Alep, après les avoir délogées de la principale ville du nord de la Syrie, laissant craindre de nouveaux combats.
Dans la ville kurde de Qamichli, dans le nord-est de la Syrie, des milliers de personnes ont manifesté à l'appel des autorités autonomes kurdes pour dénoncer le pouvoir du président Ahmad al-Chareh, selon les correspondants de l'AFP.
Les affrontements qui ont pris fin dimanche ont accentué la tension entre les Kurdes et le pouvoir central, alors que leurs négociations pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome au sein de l'Etat syrien sont dans l'impasse.
L'armée a exigé mardi que les forces kurdes qui contrôlent une zone à l'est d'Alep "se retirent vers l'est de l'Euphrate", le fleuve qui coule dans le nord de la Syrie.
Elle a publié une carte qui souligne en rouge la région devant être évacuée et prévenu qu'elle allait la considérer dorénavant comme "une zone militaire fermée".
Un correspondant de l'AFP a vu mardi des batteries de défense anti-aérienne et de l'artillerie de l'armée syrienne acheminées vers le front de Deir Hafer, face aux positions kurdes.
Lundi, les autorités et les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, s'étaient mutuellement accusées d'avoir envoyé des renforts vers cette zone, à une cinquantaine de kilomètres à l'est d'Alep.
- "Jolani, dégage!" -
Les combats à Alep ont permis à l'armée de prendre le contrôle de l'ensemble de la grande ville du nord syrien, après avoir délogé les combattants kurdes de deux quartiers qu'ils contrôlaient, Cheikh Maqsoud et Achrafieh.
Les Kurdes avaient profité du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, notamment après avoir défait le groupe jihadiste Etat islamique avec l'appui d'une coalition multinationale.
Mardi, une grève générale était observée à Qamichli, principale ville kurde du nord-est, à l'appel des autorités autonomes.
Des milliers de manifestants ont dénoncé les combats d'Alep, brandissant le drapeau kurde, vert, blanc et rouge surmonté d'un soleil, et des portaits du chef des FDS Mazloum Abdi.
"Jolani, dégage!", scandaient les manifestants, employant l'ancien nom de guerre du président Chareh, un ex-jihadiste dont ils ont brûlé des portraits.
- "Massacres" -
"Ce gouvernement n'a pas honoré ses engagements à l'égard d'aucun Syrien (...) Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, le sang coule, comme les massacres d'alaouites et de druzes", affirme Joudi Ali, un propriétaire de café de 29 ans.
Alors que le pouvoir syrien s'est engagé à protéger les minorités, les combats d'Alep sont intervenus après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.
Les manifestants ont également brûlé des portraits du ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, dont le pays, allié des autorités syriennes, est violemment hostile aux FDS.
Les combats d'Alep visent à "saper le cessez-le-feu" entre Ankara et la guérilla du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), a affirmé mardi le groupe armé kurde turc.
Le parti AKP, au pouvoir à Ankara, a pour sa part estimé lundi soir que les combats d'Alep étaient une tentative des combattants kurdes de "saboter" les efforts pour mettre fin en Turquie au conflit avec le PKK, vieux de plus de quatre décennies.
La Turquie considère les Unités de protection du peuple kurde (YPG), qui constituent l'épine dorsale des FDS, comme une émanation du PKK interdit par Ankara.
Les combats, les plus graves entre le pouvoir islamiste syrien et les Kurdes, ont fait 105 morts selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), 45 civils et 60 combattants des deux bords.
Le responsable des opérations de la Défense civile à Alep, Fayçal Mohammad, a affirmé à l'AFP mardi que "50 corps" avaient été retirés par les secouristes dans les deux quartiers kurdes après la fin des combats, sans préciser s'il s'agissait de civils ou de combattants.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.