
Lundi 1 septembre 2014 à 18h21
Berlin, 1 sept 2014 (AFP) — La chancelière allemande Angela Merkel a justifié lundi l'envoi d'armes aux Kurdes du Nord de l'Irak par les menaces que font peser les jihadistes de l'Etat islamique "sur l'Europe et l'Allemagne", au cours d'une session extraordinaire du Bundestag.
Dans un discours aux députés, la chancelière a affirmé que "la terreur que font régner (les islamistes) ne peut nous laisser indifférends". Elle déstabilise dangereusement toute la région, ce qui "a également des conséquences sur l'Europe et l'Allemagne", a-t-elle dit, ajoutant : "nos propres intérêts sécuritaires sont menacés".
La chancelière a évoqué les quelque 400 Allemands partis rejoindre les rangs des jihadistes en Syrie et en Irak, affirmant qu'il fallait "craindre que ces combattants ne reviennent un jour".
Selon la chancelière, le fait d'aider militairement un camp dans un conflit - ce que l'Allemagne se refuse généralement à faire - doit s'apprécier au cas par cas : "On a parfois besoin de moyens militaires pour pouvoir revenir à une solution politique", a-t-elle dit, estimant que l'Irak se trouvait justement dans ce type de situation.
"Nous avons maintenant l'occasion de sauver la vie des gens et d'empêcher de nouveaux massacres de masse, nous devons saisir cette occasion", a-t-elle insisté.
Selon le ministère allemand de la Défense, trois livraisons comprenant notamment 30 systèmes de missiles antichar, 16.000 fusils d'assaut et 8.000 pistolets, doivent être faites aux combattants kurdes.
Par ailleurs, l'Allemagne envisage de former pendant une semaine un petit groupe de combattants peshmergas à l'utilisation de ses missiles antichar, sur son propre territoire, en Bavière (sud). Dans un premier temps, il s'agirait, selon un porte-parole du ministère de la Défense, d'accueillir cinq combattants mais d'autres pourraient suivre, a-t-il ajouté.
La décision d'envoyer des armes en Irak a été soutenue par une large majorité au Bundestag,lors d'un vote à main levée sans valeur contraignante.
Les groupes de la coalition gouvernementale (conservateurs de la CDU/CSU et sociaux-démocrates du SPD) qui disposent de 504 sièges sur 631, ont voté pour.
Seul le groupe de la gauche radicale Die Linke et une majorité du groupe des Verts ont voté contre.
Au cours du débat qui a suivi le discours de Mme Merkel, le chef des Verts au Bundestag, Anton Hofreiter, a critiqué une décision dangereuse, en raison des incertitudes sur leur destination. "Personne ne peut contrôler où ces armes vont finalement atterrir et quel objectif elles vont servir", a-t-il estimé.
De son côté, le patron du groupe social-démocrate, Thomas Oppermann, a affirmé vouloir "veiller à ce que l'aide humanitaire dans cette région soit toujours sensiblement plus élevée que l'aide en armements".
La majorité des Allemands s'oppose aux livraisons d'armes. Une enquête d'opinion de l'Institut Infratest pour le compte de la chaîne de télévision publique ARD montrait vendredi que 60% des sondés partageait cet avis.
Ce vote était de toute façon symbolique car l'autorisation du Bundestag n'est pas nécessaire tant qu'il n'est pas question d'envoyer des troupes.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.