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Irak: Maliki, le faiseur de rois sur le point de redevenir Premier ministre


Samedi 24 janvier 2026 à 20h10

Bagdad, 24 jan 2026 (AFP) — Nouri al-Maliki, soutenu samedi par les partis chiites proches de l'Iran pour le poste de Premier ministre en Irak, opère ainsi son retour en dépit d'accusations de corruption et d'avoir nourri les fractures confessionnelles jusqu'à l'essor du groupe Etat islamique.

Figure centrale de la politique irakienne, ce chiite de 75 ans a su au fil des années ménager à la fois Téhéran et Washington, devenant dans les coulisses un "faiseur de rois" de toute formule gouvernementale.

La principale alliance chiite irakienne, majoritaire au Parlement, a apporté samedi son soutien à sa candidature au poste de Premier ministre, ce qui lui garantit d'occuper ces fonctions quand le président irakien en désignera officiellement le titulaire.

Longtemps discret, M. Maliki est sorti de l'ombre en 2006 après avoir milité en exil contre le président Saddam Hussein, renversé dans la foulée de l'invasion américaine de 2003.

Né à Twaïrij, dans la province de Kerbala (centre), le 20 juin 1950, il rejoint à l'université le parti islamique Dawa - le plus ancien mouvement d'opposition à Saddam Hussein - dont il devient en 2007 secrétaire général, s'imposant progressivement comme l'un des dirigeants les plus influents du camp chiite.

- Exil en Iran -

Dans les années 1980, après l'interdiction du Dawa, il fuit le pays. Condamné à mort par contumace selon son parti, il s'installe en Iran avec d'autres cadres de sa formation, après une décision de Saddam Hussein de faire exécuter les membres du mouvement.

Il se rend ensuite en Syrie, à la suite d'une scission au sein du Dawa, et y milite pour la chute de Saddam Hussein.

De retour au pays après la chute de ce dernier, il assure de 2003 à 2004 la vice-présidence d'une instance chargée de purger l'appareil d'Etat des anciens membres du parti Baas dissous.

Elu à la tête de la commission de la sécurité du Parlement en 2005, il est l'un des instigateurs d'une loi antiterroriste particulièrement répressive.

En 2006, il succède à Ibrahim al-Jaafari, Premier ministre chiite contesté après une période d'affrontements confessionnels ayant fait des dizaines de milliers de morts.

Les combats que se livrent alors milices chiites et extrémistes sunnites sur fond d'occupation américaine font sombrer le pays dans le chaos, et on reproche à M. Maliki son manque d'autorité.

Mais en 2008, il lance une violente offensive pour réprimer des groupes chiites armés, avec l'appui des forces américaines.

Le succès de l'opération lui vaut les applaudissements de toutes les communautés et renforce son image de leader nationaliste ayant su faire baisser les violences, tout en lui permettant d'obtenir, à cette époque, une forme de consensus entre l'Iran et les Etats-Unis.

Les analystes estiment toutefois que ce recul des attaques est également dû à une présence renforcée des forces américaines et à une volte-face de tribus sunnites.

- Crise perpétuelle -

Lors des législatives de 2010, M. Maliki parvient à se faire réélire à la tête du gouvernement en présentant une liste interconfessionnelle.

Son deuxième mandat est toutefois marqué par une crise politique quasi permanente, entre les tensions avec la région autonome du Kurdistan, l'impossibilité de faire voter des lois d'importance au Parlement et les dissensions persistantes entre sunnites et chiites, qui s'accentuent après le retrait des troupes américaines.

Ses adversaires tentent à plusieurs reprises de le renverser en poussant à un vote de défiance.

Accusé par ses détracteurs d'autoritarisme et de laisser prospérer la corruption et la dégradation des services publics, il impute les difficultés à des facteurs extérieurs, dont la guerre en Syrie voisine.

A partir de 2012, les violences retrouvent des niveaux jamais vus depuis 2008. Au lieu de tendre la main aux sunnites, comme le lui enjoint la communauté internationale, il mène de larges opérations conduisant à des centaines d'arrestations, attisant davantage les tensions.

En 2014, ses opposants lui reprochent d'avoir contribué, par sa politique confessionnelle, à ouvrir la voie à l'offensive du groupe jihadiste Etat islamique (EI), qui s'empare de vastes territoires.

La pression politique interne et internationale l'empêche alors de briguer un troisième mandat.

Mais il n'a jamais disparu de la scène politique: chef de la coalition Etat de droit, il participe à la formation des alliances parlementaires et au choix des candidats aux postes clés, son nom étant régulièrement avancé comme recours possible pour diriger l'exécutif.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.