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Erdogan reçoit Barzani en Turquie pour relancer la paix avec le PKK


Samedi 16 novembre 2013 à 11h41

DIYARBAKIR (Turquie), 16 nov 2013 (AFP) — Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a déroulé samedi le tapis rouge au chef des Kurdes d'Irak Massoud Barzani pour une visite toute en symboles à Diyarbakir (sud-est) destinée à sortir de l'ornière le processus de paix engagé avec la rébellion kurde.

Habitué des séjours dans la capitale Ankara, M. Barzani est arrivé pour la première fois en fin de matinée dans la "capitale" kurde de Turquie, où il doit rejoindre M. Erdogan. Les deux dirigeants doivent assister à une cérémonie de mariages collectifs puis se retrouver pour un entretien très attendu.

Comme il l'a lui-même souligné cette semaine, le chef du gouvernement turc attend de cette visite "historique" qu'elle soit "un couronnement du processus de paix" engagé avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

En clair, Ankara souhaite profiter de l'influence de M. Barzani auprès des 12 à 15 millions de Kurdes de Turquie pour les convaincre de sa volonté de faire la paix, à l'heure où les pourparlers engagés avec le chef historique du PKK Abdullah Öcalan patinent.

"Si Barzani a de l'importance aux yeux de nos citoyens, cette importance contribuera" au processus, a jugé vendredi le ministre turc de l'Energie Taner Yildiz.

Dans un entretien accordé à l'AFP cette semaine, M. Barzani a plaidé pour une solution pacifique au conflit. "Avoir son propre Etat est un droit naturel pour le peuple kurde, mais cela ne peut se réaliser par la violence", a-t-il estimé.

Le PKK a décrété un cessez-le-feu en mars puis entamé deux mois plus tard le retrait de ses combattants du sol turc vers leurs bases du nord de l'Irak. Mais, déçu par les contreparties accordées depuis par les autorités turques, il a suspendu ce mouvement.

M. Erdogan a fait quelques gestes fin septembre, comme le droit à l'enseignement privé en kurde, mais il est resté très loin des revendications kurdes en matière d'autonomie et de reconnaissance de leur identité.

Critiques

Le processus engagé pour mettre un terme à un conflit qui a fait plus de 45.000 victimes depuis 1984 paraît donc plus que jamais menacé. Signe de cette tension, l'armée turque a rapporté qu'un de ses convois avait été attaqué vendredi par des rebelles du PKK dans le district de Nusaybin, le premier accrochage sérieux depuis des mois.

La visite très médiatisée de M. Barzani a été accueillie avec circonspection par les Kurdes.

Certains ont dénoncé une manoeuvre politique du pouvoir avant le scrutin municipal de mars 2014. "La participation de M. Barzani à une manifestation où le Premier ministre donnera le coup d'envoi de sa campagne est lourde de sens", a déploré le chef du Parti kurde pour la paix et la démocratie (BDP) à Diyarbakir, Mehmet Emin Yilmaz.

D'autres, comme la célèbre députée kurde Leyla Zana, y ont vu un motif "d'espoir".

La situation des Kurdes de Syrie devait également figurer en tête de l'ordre du jour des discussions des deux dirigeants.

La décision du Parti de l'union démocratique (PYD), présenté comme la branche syrienne du PKK, de créer une administration autonome dans les territoires du nord de la Syrie dont ses combattants ont repris le contrôle aux jihadistes hostiles au régime de Damas suscite l'inquiétude, tant d'Ankara que d'Erbil.

Le président turc Abdullah Gül a dénoncé vendredi ce "fait accompli" et mis en garde contre un "éclatement de la Syrie". M. Barzani, cité par la chaîne de télévision CNN-Türk, a lui aussi exprimé sa "préoccupation".

Enfin, MM. Erdogan et Barzani doivent aussi évoquer samedi le renforcement de leurs liens économiques dans le secteur de l'énergie.

Les contrats pétroliers passés par Ankara avec Erbil ont fortement contrarié l'Irak, qui dispute à la région autonome kurde le droit d'exploiter et de vendre son pétrole comme elle l'entend. En plein effort de réconciliation avec Bagdad, la Turquie lui a proposé sa médiation pour résoudre ce conflit.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.