
Mardi 23 septembre 2014 à 17h10
Yumurtalik (Turquie), 23 sept 2014 (AFP) — Couverts de poussière, les yeux rougis par la fatigue, ils ne sont plus qu'une poignée. Après quatre jours d'un exode massif, le flot des Kurdes de Syrie à commencé à se tarir au poste de Yumurtalik, le dernier point d'entrée vers la Turquie encore ouvert.
Par petites grappes d'une dizaine, les réfugiés s'avancent lentement dans l'immense enclos installé au bord de la frontière, un peu effrayés par les policiers qui les toisent. Une rapide fouille pour écarter d'éventuelles armes, un nom et un prénom jetés à des fonctionnaires et les voilà bombardés hôtes de la Turquie.
Un soulagement pour Mahamed Misto, qui a quitté Aïn al-Arab (Kobané en langue kurde) il y a cinq jours pour échapper à l'avancée des jihadistes du groupe Etat islamique (EI).
Au milieu des ballots dans lesquels il a ramassé à la hâte quelques vêtements, il évoque, comme tous ceux qui ont fui la ville, les exactions de l'EI qu'il a vu, assure-t-il, "de (ses) propres yeux".
"Ils ont égorgé et décapité au nom de Dieu en disant que les Kurdes étaient des mécréants", raconte Mahamed Misto, "un de mes frères a été tué dans les combats, l'autre a été égorgé. Devant mes yeux, ils ont même égorgé un grand-père".
Devant les micros de la presse, les témoignages se succèdent. Des récits d'horreur, encore et encore, et aussi des nouvelles fraîches du front, où les combattants kurdes syriens aidés de leurs frères d'armes venus de Turquie ont ralenti la progression des ultraradicaux d'EI.
Ahmed Gelo a quitté son village de Yidiqe il y a plusieurs jours déjà mais il a continué à s'informer précisément de la situation militaire, grâce à des proches qui ont bravé la peur des jihadistes.
- Plutôt le retour -
"Il y a trois jours, le petit village de Menaze, à 8 km à l'ouest de Kobané, est tombé entre les mains de Daesh (le groupe EI). Hier soir il a été libéré par les forces kurdes", assure le vieil homme, "je sais aussi que Daesh a été repoussé jusqu'à 15-20 km de Kobané".
Dans une tente dressée en retrait, l'Unicef prend en charge les enfants les plus mal en point. "La plupart d'entre eux arrivent déshydratés", constate le Dr Wilhelma van de Wiel, de l'agence de l'ONU. "Leurs lèvres sont gercées et ils manquent terriblement d'eau mais, avec de l'eau et des biscuits, ils sont capables de repartir".
Pour de nombreux réfugiés syriens, l'arrivée en Turquie est aussi source d'inquiétudes. Il y a le sort de la famille restée en Syrie et, aussi, l'avenir immédiat, surtout pour ceux qui n'ont pas de famille pour les accueillir au nord de la frontière.
"Ca fait cinq jours qu'on a quitté le village et trois jours qu'on attend de passer", explique Adela Cheikh Bekir. "On vit depuis grâce à ce qu'on a pu emmener avec nous mais personne ne nous aide alors, pour survivre, on va essayer de travailler dans les champs de coton avec les gens de mon village", ajoute la jeune femme, "mais je préfèrerais rentrer chez moi".
Un sentiment de plus en plus partagé par les réfugiés. Mardi, les autorités turques ont pour la première fois autorisé quelques centaines d'entre eux à repasser la frontière vers la Syrie, à condition qu'ils aient un passeport et habitent la région d'Aïn al-Arab.
"On a peur à Aïn al-Arab mais les jihadistes ne sont pas encore sur nous", plaide un homme avant de franchir les barbelés, "on préfère rentrer chez nous parce que notre place n'est pas ici".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.