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En attendant les frappes sur le front contre les jihadistes


Mardi 30 septembre 2014 à 11h42

Près de Jalawla (Irak), 30 sept 2014 (AFP) — Le camion est couché sur le flanc dans le no man's land entre peshmergas et jihadistes. Il y restera: la zone est minée et les Kurdes restent sur leurs positions en espérant que le salut vienne des frappes aériennes.

Accroupi derrière un rempart de sacs de sable, un combattant kurde a le doigt sur la détente. Dans son viseur, à une centaine de mètres, le camion couché, le no man's land. Et Jalawla.

Cette ville stratégique, située à la porte du Kurdistan irakien et sur la route de Bagdad, distante de 130 km, a été prise le 11 août par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) qui ont conquis de vastes pans du pays depuis juin. Les peshmergas tentent depuis de reprendre la cité. En vain.

Une tranchée creusée dans la terre ocre conduit au poste avancé kurde, sur un petit promontoire. A l'abri derrière des sacs vert bouteille, une trentaine de combattants en uniformes disparates, qui en treillis, qui habillé à la kurde avec un pantalon bouffant et une large ceinture à la taille.

"Attention aux snipers de l'EI", préviennent-ils.

L'ennemi est proche. Sous le soleil brûlant, on entend l'appel à la prière monter de Jalawla. Pourtant, derrière les sacs de sable, il règne une étrange atmosphère, entre vigilance et ennui.

Assis à l'ombre, un jeune combattant, Kalachnikov aux pieds et regard bleu dans le vide, paraît trouver le temps long. D'autres semblent au contraire prêts à monter à l'assaut. Ils n'en feront rien: la zone est truffée de mines.

"Les jihadistes vont placer des mines la nuit dans le no man's land", explique le colonel Ali Abdullah.

- L'Iran tout proche -

Le front est stratégique: celui qui contrôle la zone de Jalawla détient une porte d'entrée sur le Kurdistan irakien au nord et Bagdad au sud-ouest, mais également, potentiellement, sur l'Iran. La frontière n'est qu'à une vingtaine de kilomètres à l'est.

"Si nous ne reprenons pas Jalawla, toute la région est en danger, jusqu'à la frontière iranienne", explique le général Jafar Cheikh Moustapha, chef politique et militaire du Parti démocratique du Kurdistan (PDK) pour cette zone.

Il y a à peine deux mois, l'EI s'est avancé jusqu'à un important croisement où se rejoignent les routes menant à Bagdad et au Kurdistan. Fin août, les peshmergas ont repris l'avantage, forçant les jihadistes à reculer et à se retrancher dans Jalawla. Mais depuis, impossible d'aller plus loin.

En se retirant, l'EI a fait sauter un pont, qui s'est effondré dans un amas de béton et de tiges métalliques. Les 4X4 des peshmergas l'évitent par la gauche, passant sur des éboulis rocheux.

Impossible en revanche de contourner les mines pour marcher sur Jalawla. Des experts seraient attendus pour déminer, mais "de toute façon ils ne pourraient pas s'y aventurer, à cause des snipers de l'EI", explique Ali Abdullah.

Pour les peshmergas, le dénouement ne peut venir que des frappes aériennes de la coalition internationale. "Il faut qu'elle bombarde ici", martèle Ali Abdullah. "Si Londres s'y met aussi, tant mieux", ajoute-t-il, en faisant allusion à la récente décision britannique de rejoindre la campagne de frappes.

"Go, François Hollande!", s'exclame un jeune peshmerga, mimant un bombardement aérien.

- L'EI 'pas plus fort que Saddam" -

Alors ils attendent. Collent l'oeil au viseur, essuient des tirs auxquels ils répondent notamment avec deux mitrailleuses DShK, livrées par la France au Kurdistan il y a quelques jours.

Quelques uns sont des combattants expérimentés. D'autres découvrent le front, comme Sakar, 20 ans, qui a abandonné des études de biologie pour rejoindre les peshmergas.

Fusil d'assaut russe à l'épaule, quatre chargeurs dans les poches de son gilet pare-balles, il assure ne pas avoir reçu d'entraînement. "Je savais déjà utiliser une arme avant de venir", se contente-t-il d'expliquer.

Quelques kilomètres plus loin, un autre poste avancé peshmerga domine la plaine. Il est entouré sur trois côtés de terres conquises par les jihadistes. "Ca c'est une voiture de l'EI", indique un peshmerga en désignant à l'est un point qui file dans un nuage de poussière.

Ici aussi, on échange des tirs en attendant que la solution tombe -- littéralement -- du ciel. Et si elle ne tombe pas, assure un vieux peshmerga au visage buriné, on tiendra quand même.

"J'ai combattu toute ma vie", raconte-t-il. "J'ai combattu Saddam Hussein, et l'EI n'est pas plus fort que Saddam".

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.