
Vendredi 6 decembre 2013 à 12h37
ANKARA, 06 déc 2013 (AFP) — Le parti islamo-conservateur au pouvoir en Turquie a déposé au Parlement un projet de loi destiné à renforcer les droits des Kurdes, qui les jugent toutefois en deçà de leurs revendications, a-t-on appris vendredi de source parlementaire.
Ce texte sera prochainement débattu en séance plénière et devrait être adopté par l'Assemblée grâce à la confortable majorité dont y dispose le Parti de la justice et du développement (AKP) du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.
Comme l'avait annoncé M. Erdogan fin septembre, ce "paquet démocratique" prévoit une série de mesures symboliques comme l'enseignement en langues maternelles dans les écoles privées ou la possibilité pour des localités kurdes débaptisées après le coup d'Etat de 1980 de reprendre leur nom original.
Il autorise également l'utilisation des lettres Q, W et X, longtemps interdites en Turquie car absentes de l'alphabet turc mais présentes en kurde, et de la langue kurde pour la propagande électorale.
La réforme instaure en outre un crime "de haine" puni d'une peine de prison ferme pour toute atteinte aux particularités sexuelle, religieuse ou raciale d'un individu.
Ces mesures n'ont pas satisfait la communauté kurde, qui représente entre 12 et 15 millions des 75 millions d'habitants de la Turquie.
Interrogé vendredi par l'AFP, Sirri Sakik, un député du Parti pour la paix et la démocratie (BDP, pro-kurde) a critiqué le projet. "Tout ça est très symbolique, c'est loin de satisfaire les demandes de notre population", a-t-il estimé.
Les Kurdes de Turquie exigent notamment la reconnaissance de leur identité dans la nouvelle constitution, l'éducation en langue maternelle dans les écoles publiques et une forme d'autonomie démocratique.
Ils demandent également la libération des nombreux élus, journalistes, avocats, syndicalistes et étudiants détenus pour leur proximité avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), un mouvement interdit en Turquie.
Ankara et le PKK ont engagé il y a un an des pourparlers pour tenter de mettre un terme à un conflit qui a fait plus de 45.000 morts depuis 1984. Mais ce processus est paralysé, après la décision du PKK de suspendre cet automne le retrait de ses combattants de Turquie pour dénoncer des promesses non tenues du gouvernement.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.