
Lundi 6 octobre 2014 à 17h21
Suruc (Turquie), 6 oct 2014 (AFP) — Au coeur de la bataille de Kobané, les combattants kurdes ont eu recours dimanche à une kamikaze qui s'est fait exploser au milieu des jihadistes du groupe Etat islamique (EI) qui assiègent la ville, une technique utilisée par les rebelles kurdes en Turquie.
Membre des Unités de protection du peuple (YPG), considérée comme la branche armée syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), Dilar Gencxemis, identifiée par son mouvement sous le nom de guerre d'Arin Mirkan, s'est donné la mort en provoquant celle de "dizaines" de militants de l'EI, selon des sources kurdes.
Originaire de la province d'Alep (nord de la Syrie), juste au sud de la frontière turque, la jeune femme est la première kamikaze kurde recensée depuis le début de la guerre civile en Syrie en avril 2011.
"Je ne connais pas son âge exact mais elle avait plus de 20 ans, elle était une combattante du YPG", a indiqué à l'AFP au téléphone Mustafa Bali, un responsable local de Kobané. "Elle a lancé de nombreuses grenades contre les hommes de l'EI", a-t-il ajouté, "et après ça, elle s'est fait exploser".
L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), qui dispose d'un large réseau de militants sur tout le territoire syrien, a confirmé cette attaque-suicide.
"Elle a tué des dizaines de membres du +gang+ (de l'Etat islamique) et illustré la résistance déterminée des combattants du YPG", a indiqué son mouvement dans un communiqué cité par l'agence de presse kurde Firat News.
"Si nécessaire, tous les combattants des YPG suivront son exemple et les +gangs+ ne pourront pas parvenir à leur but de prendre le contrôle de Kobané", a-t-il ajouté.
- "Des attentats-suicide partout" -
Si elle constitue une première dans le conflit syrien, l'utilisation de kamikazes par les mouvements kurdes n'est pas une nouveauté. Dans les années 1990, le mouvement rebelle kurde du PKK s'est signalé par de nombreux attentats-suicide visant les forces armées d'Ankara, notamment de la part de femmes.
En 2010, un militant présenté par les autorités turques comme un membre du PKK s'est fait exploser devant un véhicule de la police stationné sur la fameuse place Taksim d'Istanbul, faisant une trentaine de blessés.
Cette nouvelle attaque a ravi les dizaines de Kurdes, syriens ou turcs, qui chaque jour se massent autour du poste-frontière turc de Mursitpinar pour suivre avec inquiétude la progression des jihadistes vers le centre de Kobané (Aïn al-Arab en langue arabe), malgré les frappes aériennes de la coalition réunie par les Etats-Unis.
"Cette femme s'est fait exploser pour moi, pour les Kurdes et pour Kobané", s'est réjoui Ahmed Mustafa, 26 ans, "il y a tant de personnes qui sont prêtes à le faire, Kobané est la capitale des Kurdes de Syrie".
"Si Kobané tombe, il y aura des attentats-suicide partout", a mis en garde Ihsan, 33 ans, un Kurde turc venu de la "capitale" kurde de Turquie Diyarbakir. "Le monde doit bien réfléchir. Si Kobané tombe, tout va empirer".
"Arin a sacrifié sa vie pour tous les Kurdes", a renchéri Mehmet, 26 ans. "Les attaques-suicide vont se multiplier à travers toute la Turquie si les jihadistes prennent le contrôle de Kobané parce que ceux qui sont de l'autre côté de la frontière sont nos frères".
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.