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Les renforts kurdes irakiens destinés à Kobané arrivés à la frontière syrienne


Jeudi 30 octobre 2014 à 13h35

Suruc (Turquie), 30 oct 2014 (AFP) — Les combattants kurdes irakiens ont atteint jeudi la frontière syro-turque, en attendant de pouvoir se rendre à Kobané prêter main forte à leurs compagnons d'armes pour chasser les jihadistes de cette ville kurde syrienne meurtrie par six semaines de combats.

Pour coordonner le passage à Kobané de ces renforts se trouvant en Turquie, une délégation de peshmergas irakiens est entrée pour la première fois dans la ville, devenue le symbole de la résistance au groupe ultra-radical Etat islamique (EI) qui cherche à élargir son emprise territoriale en Syrie et en Irak.

Autorisé par la Turquie, sous la pression des Etats-Unis, le passage des renforts a suscité la colère du régime de Damas qui a dénoncé "une violation flagrante de la souveraineté syrienne", après avoir longtemps accusé Ankara de soutenir les rebelles et les jihadistes qui veulent le renverser.

Rejoignant un autre contingent venu plus tôt par avion du Kurdistan irakien, une quarantaine de véhicules transportant les peshmergas, lourdement armés, sont arrivés avant l'aube dans la ville turque de Suruç, à une dizaine de km de la frontière syrienne.

Les combattants, quelque 150 au total selon les médias turcs, ont été rassemblés dans un dépôt à la lisière de Suruç étroitement gardé par les forces de sécurité turques, a constaté un photographe de l'AFP.

Après un lent périple par la route, au cours duquel leur convoi a été acclamé par des milliers de Kurdes de Turquie, les peshmergas ont été accueillis à Suruç aux cris notamment de "Kobané sera un cimetière pour l'EI".

- Pilonnage intensif -

Selon l'agence de presse prokurde Firat, la délégation des peshmergas devait discuter notamment "du passage des armes", avec les responsables de la principale milice kurde syrienne des Unités de protection du peuple kurde (YPG), qui défend Kobané, la troisième ville kurde de Syrie assiégée par l'EI.

Entretemps, le secteur nord de la ville était la cible de violents bombardements de l'EI qui retardaient l'entrée de l'ensemble des peshmergas irakiens, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les jihadistes ont lancé une attaque contre un quartier du même secteur qui a été mise en échec par les YPG, a précisé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Il a fait état de "plusieurs morts" dans les rangs de l'EI, "leurs cadavres gisant pendant de longues heures dans les rues avant d'être retirés".

Les forces kurdes syriennes résistent depuis le 16 septembre à Kobané, d'où ils tentent, avec le soutien aérien crucial de la coalition internationale, de déloger les jihadistes qui y sont entrés le 6 octobre.

Le général américain à la retraite John Allen, qui coordonne la coalition internationale antijihadistes, a assuré mercredi que les renforts "empêcheraient" la chute de Kobané.

Les peshmergas ont été précédés par 50 à 150 hommes, selon les sources, de l'Armée syrienne libre (ASL), émanation de l'opposition modérée au régime du président syrien Bachar al-Assad, qui ont rejoint Kobané mercredi via la frontière turque.

- Préparatifs pour un assaut en Irak -

L'un des objectifs des jihadistes est de s'emparer des quartiers nord afin de bloquer la voie vers la Turquie et d'isoler Kobané. Une prise totale de la ville leur permettrait de contrôler une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.

En Irak voisin, des centaines de soldats irakiens et de combattants pro-gouvernementaux se préparaient pour lancer un assaut contre la ville stratégique de Baïji, contrôlée par l'EI, selon des officiers.

La prise de Baïji, au nord de Bagdad, pourrait permettre de sécuriser la principale raffinerie du pays, mais cette offensive s'annonce difficile pour les forces irakiennes, qui ont déjà subi plusieurs revers dans leurs tentatives de regagner du terrain face aux jihadistes.

Accusé de nettoyage ethnique et de crimes contre l'Humanité par l'ONU, l'EI a mis à profit la guerre civile en Syrie et l'instabilité politique et sécuritaire en Irak pour s'emparer de larges territoires, où il fait régner la terreur, y commettant viols, rapts, exécutions et crucifixions.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.