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Syrie: l'EI progresse à Kobané, Washington admet l'impact limité des frappes


Jeudi 9 octobre 2014 à 11h10

Mursitpinar (Turquie), 9 oct 2014 (AFP) — Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) progressaient lentement mais sûrement jeudi dans la ville syrienne de Kobané malgré les frappes des Etats-Unis, qui ont reconnu qu'elles ne suffiront pas à sauver la cité kurde.

"Malgré une résistance acharnée des forces kurdes, l'EI a avancé durant la nuit et s'est rendu maître de plus d'un tiers de Kobané", a affirmé à l'AFP le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) Rami Abdel Rahmane.

"Les jihadistes se sont emparés de l'immeuble des Assayech (force de sécurité kurdes) dans le nord-est de la ville", a-t-il dit, faisant état de la mort d'un de ses chef et plusieurs de ses hommes.

Un des raids de la coalition a visé cet immeuble après sa prise par l'EI, selon l'ONG qui fait état 30 morts de part et d'autre dans les combats de la nuit.

Une journaliste de l'AFP à la frontière turque a vu jeudi matin deux frappes aériennes qui ont visé un même objectif situé au sud-ouest de la ville (Aïn al-Arab en langue arabe), d'où s'échappaient une épaisse fumée.

Selon l'OSDH, l'EI se rapproche de ce qui est appelé "le carré de sécurité", où se trouvent des bâtiments officiels et le commandement des Unités de protection du peuple (YPG, la milice kurde).

Depuis lundi, la troisième ville kurde de Syrie est le théâtre de combats de rue acharnés. Le rapport de force est cependant défavorable aux Kurdes, l'EI possédant des véhicules blindés et des armes sophistiquées.

- En quête de troupes 'compétentes' -

Le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby, a reconnu que "les frappes aériennes à elles seules ne vont pas (...) sauver" Kobané. Il faudrait des troupes "compétentes", comme des combattants rebelles en Syrie, selon lui.

Le plus haut gradé américain, le général Martin Dempsey, a souligné que les jihadistes avaient changé de tactique pour s'adapter aux frappes que les Etats-Unis mènent en Syrie depuis le 23 septembre.

"Ils ne plantent plus de drapeaux, ne se déplacent plus dans de longs convois comme ils le faisaient avant (...) Ils n'établissent pas de quartiers généraux qui sont visibles", a-t-il indiqué à la chaîne américaine ABC.

La bataille de Kobané a provoqué mardi des émeutes meutrières dans des provinces à majorité kurde de Turquie, déclenchées par le refus du gouvernement d'Ankara d'intervenir en Syrie.

Malgré le couvre-feu militaire imposé mercredi dans six provinces à majorité kurde, des incidents violents ont encore opposé dans la nuit dans de nombreuses villes la police et des manifestants kurdes.

- Un haut-gradé américain à Ankara -

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a jugé jeudi qu'il n'était "pas réaliste" d'envisager que la Turquie mène seule une intervention militaire terrestre contre l'EI.

Malgré le feu vert du Parlement turc à une opération militaire contre l'EI, Ankara refuse d'épauler les combattants des YPG. Ankara redoute de surcroît que les frappes de la coalition ne renforcent le régime du président syrien Bachar al-Assad, sa bête noire.

Les Etats-Unis ont exprimé leur frustration devant les réticences de la Turquie à lutter contre l'EI. "Nous pensons clairement qu'ils peuvent faire davantage", a estimé la porte-parole du département d'Etat Jennifer Psaki. Mais, a-t-elle aussitôt reconnu, Ankara a "ses propres inquiétudes", en allusion au dossier kurde qui l'empoisonne depuis des décennies.

Les deux pays se sont d'ailleurs indirectement accrochés sur l'opportunité de créer une zone tampon entre la Syrie et la Turquie pour protéger les personnes déplacées.

Ankara a maintes fois plaidé pour et a reçu mercredi le soutien de Paris. Mais la Maison Blanche et l'Otan affirment qu'une zone tampon n'est pas à l'ordre du jour pour le moment.

Pour tenter de convaincre la Turquie à s'engager contre les jihadistes, Washington dépêche jeudi et vendredi à Ankara le coordonnateur de la coalition, le général John Allen.

S'ils réussissaient à conquérir Kobané, les jihadistes, qui contrôlent déjà de larges zones en Syrie et en Irak, s'assureraient la maîtrise sans discontinuité d'une longue bande de territoire à la frontière syro-turque.

Depuis le début de l'offensive jihadiste pour prendre Kobané le 16 septembre, plus de 400 personnes ont péri selon l'OSDH, alors que quelque 300.000 habitants de la région ont pris la fuite, dont plus de 200.000 en Turquie.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.