
Lundi 8 septembre 2014 à 15h23
Ankara, 8 sept 2014 (AFP) — La Turquie craint que les armes fournies aux forces irakiennes et kurdes en Irak par l'Occident pour contrer les jihadistes de l'Etat Islamique (EI) ne tombent aux mains des rebelles kurdes de Turquie, a déclaré lundi le ministre turc des Affaires étrangères.
"Les armes qui vont là-bas (Irak) ne doivent pas tomber entre les mains des organisations terroristes", a indiqué Mevlüt Cavusoglu dans un entretien accordé à l'agence de presse gouvernementale Anatolie.
"Nous avons exprimé notre sensibilité sur ce point (...) il sera difficile de contrôler la destination de toutes ces armes", a-t-il ajouté.
La Turquie, qui négocie une paix avec les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) depuis 2012, considère ce mouvement armé qui dispose de camps retranchés dans le nord de l'Irak comme une organisation terroriste, ainsi que bon nombre d'autres pays.
La fourniture d'armes à l'Irak, notamment aux combattants kurdes qui luttent contre l'EI dans le nord de l'Irak, frontalier de la Turquie, devait être évoquée par le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel lors de sa visite lundi à Ankara, a-t-on souligné de source diplomatique.
Le chef du Pentagone s'est entretenu en tête-à-tête avec le nouveau président turc Recep Tayyip Erdogan, élu en août après avoir dirigé le gouvernement depuis 2003, a indiqué Anatolie, sans évoquer le détail de leur conversation.
M. Hagel devait aussi s'entretenir avec le Premier ministre Ahmet Davutoglu.
Le président américain Barack Obama doit présenter mercredi son "plan d'action" contre l'EI, qui ne comprendra pas l'envoi de troupes au sol mais un soutien aux forces irakiennes et kurdes en première ligne face au jihadistes sunnites, notamment par le biais de frappes aériennes.
Hostile au régime du président syrien Bachar al-Assad, le gouvernement islamo-conservateur turc est accusé d'avoir soutenu certains des groupes les plus radicaux qui combattent l'armée syrienne.
Ankara a toujours nié avoir fourni des armes ou un quelconque soutien à ces groupes. La Turquie abrite sur son sol plus de 1,2 million de déplacés syriens qui ont fui la guerre civile dans leur pays.
La formation à l'initiative de Washington d'une coalition internationale contre l'EI embarrasse la Turquie, dont 49 ressortissants sont détenus en otage par les jihadistes depuis la prise de leur consulat général à Mossoul (Irak) en juin.
Ankara s'est brouillé ces dernières années avec son allié américain au sein de l'Otan en raison de désaccords au sujet de sa politique en Syrie et à Gaza.
La Turquie est le seul pays musulman à faire partie de la coalition de dix pays formée contre l'EI lors du sommet de l'Otan la semaine dernière à Newport (Pays de Galles).
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.