
Lundi 11 août 2014 à 01h54
Erbil (Irak), 10 août 2014 (AFP) — Un déploiement inhabituel de forces a eu lieu dans des zones stratégiques à Bagdad dans la nuit de dimanche à lundi, peu de temps avant que le Premier ministre annonce son intention de déposer une plainte contre le président, qu'il accuse d'avoir violé la Constitution.
"Il y a une forte présence de membres de la sécurité, de la police et de l'armée, spécialement autour de la +zone verte+", un quartier hautement protégé où sont basées les institutions clé du pays, a indiqué un haut responsable de la police à l'AFP.
Ce déploiement a débuté vers 19H30 GMT, 90 minutes avant que le Premier ministre Nouri al-Maliki annonce à la télévision d'Etat qu'il allait déposer une plainte contre le président Fouad Masoum.
Ces mesures de sécurité "sont très inhabituelles et ressemblent à celles que nous imposons pour un état d'urgence", a déclaré ce haut responsable de la police.
"De nombreuses rues ont été fermées, ainsi que plusieurs ponts clé", a précisé un responsable au ministère de l'Intérieur. "Tout est lié à la situation politique", a-t-il ajouté.
"Aujourd'hui je vais déposer une plainte devant la Cour fédérale contre le président", a annoncé Nouri al-Maliki dans une déclaration surprise retransmise à minuit (21h00 GMT) par la télévision d'Etat.
Washington a aussitôt exprimé son soutien au président par l'intermédiaire d'un tweet du secrétaire d'Etat adjoint pour l'Irak Brett McGurk: "Soutien total au président irakien Fouad Masoum comme garant de la Constitution et à un candidat au poste de Premier ministre qui puisse créer un consensus national".
La coalition de Nouri al-Maliki, un chiite, a remporté les législatives du 30 avril et ce dernier vise un 3e mandat, mais il est vivement critiqué pour son autoritarisme et son choix de marginaliser la minorité sunnite.
Malgré l'enjeu, le Parlement a reporté dimanche au 19 août une session faute de consensus entre les députés sur le choix du Premier ministre.
Lors d'un déplacement en Irak dimanche, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a appelé à la mise en place d'un gouvernement d'union: "Il faut que tous les Irakiens se sentent représentés et puissent ensemble mener la bataille contre le terrorisme".
- Les Kurdes reprennent la main -
Sur le plan militaire, alors que les forces kurdes ont subi ces derniers jours plusieurs revers face aux insurgés sunnites, menés par les jihadistes de l'Etat islamique (EI), elles ont repris la main dimanche, au troisième jour des frappes aériennes menées par les Etats-Unis.
"Les peshmergas ont libéré Makhmour et Gwer (...) Le soutien aérien américain a aidé", a affirmé un porte-parole des forces kurdes, Halgord Hekmat.
Makhmour et Gwer, prises il y a quelques jours par des insurgés sunnites, sont situées au sud-ouest de la capitale du Kurdistan irakien, Erbil, où Washington a évacué une partie du personnel de son consulat.
Les Etats-Unis, qui se sont retirés d'Irak il y a près de trois ans, ont commencé vendredi à mener des frappes contre les positions des insurgés. Dimanche, les forces américaines ont poursuivi leurs attaques, affirmant avoir mené "avec succès de multiples frappes aériennes, tant avec des avions qu'avec des drones, pour défendre les forces kurdes près d'Erbil".
Le patriarche chaldéen Louis Sako s'est dit déçu de la portée de l'intervention américaine, qui ne vise selon lui qu'à protéger Erbil et offre peu d'espoir d'une défaite des jihadistes et d'un retour des déplacés.
L'avancée de l'EI a jeté ces derniers jours plus de 200.000 personnes sur les routes avec notamment la prise de Qaradosh, plus grande ville chrétienne d'Irak située entre Mossoul et Erbil, et de Sinjar, bastion des Yazidis, une minorité kurdophone non musulmane, à l'ouest de Mossoul.
Nombre de Yazidis sont piégés dans les arides montagnes environnantes, menacés autant par la faim et la soif que par les jihadistes.
- 'Crimes contre l'humanité' -
Parallèlement, les Etats-Unis ont largué de nouvelles cargaisons de vivres --52.000 repas au total depuis jeudi soir-- et des conteneurs d'eau à destination des "milliers de citoyens" menacés sur les monts Sinjar, selon le Pentagone. Le Royaume-Uni a également commencé dimanche à larguer de l'aide.
L'Union européenne a dénoncé des "crimes contre l'humanité" dans les zones où progressent les jihadistes, évoquant des "persécutions et des violations des droits humains fondamentaux".
Au Vatican, le pape s'est dit "effaré et incrédule" face aux informations relatant les "violences de tout type" en Irak, et a appelé à "une solution politique efficace au niveau international et local" pour les stopper.
Les forces kurdes en Irak, Syrie et Turquie travaillent ensemble pour briser le siège autour des monts Sinjar et secourir les déplacés.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.