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N° 8 | septembre-octobre 1984
  1. 13 SEPTEMBRE, OBSEQUES DE Y. GUNEY
  2. BREVE BIOGRAPHIE DE GÜNEY
  3. ATTRIBUTION DES BOURSES DE L'INSTITUT
  4. A SIGNALER

Réalisateur de "Yol", auteur des "Champs de Yureghir", opposant vigoureux au régime dictatorial de Turquie, militant sans trêve des droits de l'homme dans son pays, Yilmaz GUNEY était aussi membre fondateur de l'Institut Kurde. Pour nous, comme pour tous ses amis, sa perte est irréparable. Nous garderons à jamais le souvenir de sa volonté de résistance, de sa générosité, de sa chaleur, de son sourire.

LA MORT DE Y. GÜNEY


Yilmaz Güney est mort le 9 septembre, à 5h.30, dans un hôpital parisien, des suites d'une longue maladie. Quelques jours avant de mourir, il avait manifesté le désir que ses obsèques aient lieu à l'Institut Kurde, "sa maison à Paris", avait-il précisé. Le 13 septembre, son cercueil a été transporté à l'Institut, afin que tous ceux qui le connaissaient, l'aimaient et l'admiraient puissent venir lui rendre un dernier hommage.

De 9h.30 à 14h., sans interruption, près de 2000 personnes, souvent émues jusqu'aux larmes, ont défilé devant le catafalque dressé dans la grande salle de l'Institut, puis ont présenté leurs condoléances à Fatoç Güney et à sa fille.

Monsieur Jack Lang, Ministre de la Culture, représentant du gouvernement français, est venu s'incliner devant le cercueil. Madame Mitterrand, absente de Paris, avait tenu à envoyer une gerbe.

Le Premier Ministre de Grèce s'était fait représenter par l'Ambassadeur de Grèce à Paris.

De nombreuses personnalités du monde des arts et du cinéma, dont Patrick Chéreau, Costa-Gavras, étaient venues rendre un dernier hommage à l'auteur de YOL.

Lionel Jospin, premier secrétaire du Parti Socialiste, Maxime Gremetz, membre du Secrétariat du Parti Communiste français et responsable de la politique extérieure, Guy Hermier, membre du bureau politique de Parti Communiste, des représentants de la C.G.T. , de la C.F.D.T. sont venus faire leurs adieux à Yilmaz Güney. Tous les partis politiques et organisations kurdes d'Europe ont envoyé des représentants, ainsi qu'une vingtaine d'associations et d'organisations turques d'Europe.

Enfin, des centaines de télégrammes et de messages de condoléances sont parvenues à l'Institut. Devant l'impossibilité de répondre à chacun, nous les prions de trouver ici l'expression de nos sincères remerciements.

A 15 heures, le convoi funèbre, suivi par plusieurs milliers de personnes, quittait la place de la République pour se rendre au cimetière du Père Lachaise. Là, une foule dense, composée en grande majorité de travailleurs kurdes et turcs, assistait avec émotion à la mise en terre.

En ultime adieu à cet homme célèbre, qui se voulait d'abord militant révolutionnaire, les travailleurs turcs et kurdes entonnaient l'Internationale.


LE MESSAGE DU POETE CEGERXWÎN


A l'annonce de la mort de Y. Güney, Cegerxwîn a adressé le message suivant :

"J'apprends avec un coeur brisé, une tristesse profonde, que mon grand ami, Yilmaz Güney, vient de nous quitter.

Yilmaz Güney était une étoile brillante, rayonnant dans le ciel de l'art kurde. Elle s'est éteinte prématurément. Un pan immense de notre vie culturelle s'est effondré avec sa disparition.

Le temps lui a manqué pour mener à terme son oeuvre exceptionnelle. Que faire, sinon espérer qu'une autre étoile, que d'autres étoiles le remplacent dans notre ciel soudain obscurci.

La mort est, hélas, un passage obligé, une loi inéluctable. Il n'est au pouvoir de personne de lui échapper. Seulement, lorsqu'elle survient aussi brutalement, aussi tôt, elle devient une tyrannie."

BIOGRAPHIE DE Y. GÜNEY

  • 1937 Naissance de Y. Güney à ADANA. Sa mère est une paysanne kurde de la province de MUŞ. Elle a fui cette région pendant Z première guerre mondiale pour s'installer dans le sud. Son per kurde également, a habité Adana dès sa tendre enfance, sa famille ayant abandonné la province de ŞIVEREK, après une vendetta. Jusqu'à l'âge de 14, 15 ans, Yilmaz Güney fait à peu près tous les petits travaux que l'on peut trouver dans une ville comme Adana : cueilleur de coton, apprenti boucher, etc. En même temps, il va à l'école. Son père désire qu'il étudie pour devenir peseur de coton. "Je voulais autre chose, dira-t-il, mais je ne savais ce qu'était cet autre chose."

  • 1952 Il publie dans le supplément littéraire de "BIRGUN" (Aujourd'hui) une nouvelle sur la lutte des paysans. C'est à cette époque que, à la suite de rencontres avec des socialistes, il amorce une prise de conscience politique.

  • 1955 Il commence à écrire plus ouvertement et est immédiatement condamné à 7 ans et demi de prison et 2 ans et demi d'exil (peines commuées en 1 an et demi de prison et 6 mois d'exil) pour "propagande communiste". Objet du délit : une nouvelle où une paysanne crie à un propriétaire féodal : "Un jour, votre fin arrivera !".

  • 1958 Co-scénariste et comédien dans "ALAGEYIK" (le daim d'Europe) d'Atif Yilmaz. Le jugement et les poursuites continuent.

  • 1959 Le jugement définitif est rendu. Il s'enfuit, mettant ainsi fin à ses études d'économie, à la faculté d'Economie d'Istanbul.

  • 1961 Il effectue la peine de 18 mois de prison à laquelle il a été condamné et écrit en prison son premier roman "BOYNU BÜKÜK ÖLDÜLER" (Les champs de Yureghir), en grande partie autobiographique.

  • 1963 Y. Güney entre dans une société de distribution cinématographique. Il va de ville en ville, pour proposer des films aux directeurs des salles de cinéma. Parmi ces films, certains l'ont beaucoup influencé, comme ceux de Lutfu AKAD, en particulier "AU NOM DE LA LOI". Il écrit alors quelques scénarios et de nombreuses nouvelles. Il est surtout connu comme "le roi laid du cinéma turc", pour ses rôles dans des mélodrames commerciaux. Il en tourne plus de 60 en 5 ans.

  • 1968 Son patron, apprenant sa condamnation, le licencie "Un communiste n'a pas de place chez moi !". Yilmaz Güney tourne le film qu'il considère comme sa première expérience importante de cinéaste : "SEYIT HAN" (La mariée de la terre), qui traite du problème du mariage forcé chez les Kurdes.

  • 1972 Condamnation, pour avoir hébergé des étudiants recherche comme anarchistes. Dans la prison militaire de SELIMIYE, il écrit une série de récits et de lettres : "SELİMİYE ÜÇLEMESİ " (Trilogie de Selimiye).

  • 1974 A peine libéré, il est accusé d'avoir abattu dans un restaurant un juge qui l'avait provoqué en criant : "S'il est communiste, sa femme doit être une pute !". Il est condamné pour meurtre à 18 ans de réclusion.

    Il écrit en prison, outre 3 scénarios "LE TROUPEAU", "YOL", "L'ENNEMI", deux romans : "CONTES A MON FILS" et "NOUS VOULONS UN POELE, UNE VITRE ET DEUX PAINS". Le livre interdit "Sur le fascisme" lui vaut 7 ans et demi supplémentaires, plus 2 ans et demi de résidence surveillée. Et encore une fois les mêmes peines, pour un article intitulé "Des fractions politiques". Une lettre adressée au Senor Fernando Herrera, directeur du Festival de Valladolid (Espagne) lui vaudra 5 ans de plus. Sept autres procès politiques sont en cours. Au total, il cumule 100 ans de prison.

    Ses films "SURU" (Le troupeau), "DÜŞMAN" (L'ennemi), "ARKADAŞ" (L'ami) ont été interdits en Turquie. Histoire d'une tribu d'éleveurs kurdes conduisant leur troupeau à Ankara, "SURD" rencontre un vif succès en Europe.

  • 1980 Après le coup d'état militaire du 12 septembre, estimant qu'il n'a plus la possibilité de produire dans son pays, Y. Güney, profitant d'une permission, s'enfuit et vient s'installer en France. Auparavant, il avait dirigé "YOL" de sa prison, avec son assistant Şerif GÖREN. Le film obtiendra la palme d'or au Festival de Cannes de 1982 et sera un succès mondial.

  • 1981 En décembre, Yilmaz Güney, devenu le symbole de la résistance contre la junte militaire, est déchu de la nationalité turque. Tous ses films, ses livres, ses affiches sont interdits.

  • 1982-1983 Réalisation de "LE MUR", traitant des conditions de détention dans les prisons pour enfants de Turquie.

    "LES CHAMPS DE YUREGHIR" paraît en français, aux éditions Lattès.

  • 24 février 1983 Yilmaz Güney fonde, avec d'autres intellectuels kurdes en exil, l'INSTITUT KURDE DE PARIS, premier organisme culturel créé par des Kurdes à l'étranger, pour la sauvegarde de leur patrimoine culturel menacé.


BOURSES


A la suite du concours organisé par l'Institut Kurde en août-septembre derniers, huit bourses ont été attribuées à des étudiants kurdes en Sciences Humaines. Trois sont originaires de Turquie, un de Syrie, deux d'Iran et deux d'Irak.


A SIGNALER
  • Parution de "LE KURDISTAN D'IRAN", album-photo publié par l'AIDE MEDICALE INTERNATIONALE, Paris 1984, 98 p.
  • "KURDER, BAKGRUND OCH EXIL I TENSTA RINKEBY", Ferda TURAN, Stockholm, 1984, 49 p.


Etude sociologique sur les immigrés kurdes du quartier Tensta Rinkeby à Stockholm.
  • "KURDERNA OCH KURDISTAN", Memo YEKTIN, Socialstyrelsen, Stockholm 1984, 200 p.
  • "ROŞNAYI LA DANGAWA", Feryad FAZIL, Berlin 1983, 208 p., en kurde, caractères arabes. Recueil de poèmes.
  • SEMAINE CULTURELLE KURDE, à Francfort/Main.


L'Association des Travailleurs du Kurdistan à Francfort a organisé, du 24 au 30 septembre, dans le cadre d'une semaine culturelle, des conférences sur la littérature, l'art et l'artisanat kurdes, par Hasan DEWRAN et Huseyin ERDEM, un spectacle de pantomime et de théâtre, ainsi que deux films documentaires.

Le samedi 29, à 19h., a eu lieu un concert de musique populaire, avec la participation de ŞIVAN PERWER, Nizamettin Aric (Feqiye TEYRA), DELAL et KEMAL.

En hommage à Y. Güney, TF1 a diffusé le 10 septembre un documentaire de Patrick BLOSSIER: "AUTOUR DU MUR", réalisé lors du tournage du dernier film de Güney "Le Mur".
  • L'émission MOSAÏQUES a retransmis les cérémonies funèbres en l'honneur de Yilmaz Güney le 23 septembre 1984.
  • Le samedi 29 septembre, France-Culture a rediffusé une émission réalisée en 1978 par Hélène TOURNAIRE : "Les Kurdes, un peuple réfugié dans la poésie". Cette rediffusion, qui a duré de 19 à 21h.30 a été suivie d'un "Hommage à Yilmaz Güney", avec la participation de Jean Bertolino, Kendal Nezan et Hélène Tournaire.
  • Le forum FURET-FNAC organise le 23 novembre prochain, à 17h., à la librairie "LE FURET DU NORD", 15, place du Général de Gaulle, à Lille, une rencontre-débat, avec la participation de l'écrivain Gérard Chaliand et du docteur Michel-Yves Grauwin, membre d'Aide Médicale Internationale.
  • Vient de paraître : un disque 33 tours "LE MONT ARARAT", de ŞIVAN PERWER, édité par Immigrantinistitutet, Stockholm.



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