Vendredi 18 juin 2010 à 15h12
ANKARA, 18 juin 2010 (AFP) — La multiplication des attaques des rebelles kurdes et la réplique de grande ampleur des militaires turcs font redouter un échec définitif de "l'ouverture démocratique" lancée par le gouvernement pour tenter de mettre fin à 26 ans de conflit dans le sud-est du pays.
L'armée a annoncé vendredi qu'au moins 130 rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avaient été tués en Turquie et lors d'un raid aérien contre des camps de l'organisation kurde dans le nord de l'Irak depuis mars. Elle a également fait état de 43 membres des forces de sécurité tués.
Les militaires s'attendent à ce que le PKK intensifie ses attaques et élargisse son rayon d'action, a déclaré vendredi le général Fahri Kir lors d'une conférence de presse. Les rebelles ont dans le passé commis des attentats à la bombe dans l'ouest de la Turquie, notamment dans des cités balnéaires.
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a accusé le PKK de chercher à saboter une initiative du gouvernement visant à renforcer les droits des Kurdes et à développer les investissements dans leur région, le sud-est anatolien, pour mettre un terme pacifique au conflit qui perdure depuis 1984.
L'"ouverture kurde", annoncée l'an dernier, a déjà connu de sérieux revers avec la fermeture du principal parti pro-kurde de Turquie, plusieurs vagues d'arrestations de militants kurdes, la persistance des violences dans le Sud-Est et une forte opposition des milieux nationalistes.
"Face au terrorisme, nous disons: démocratie (...) Nous prenons tous les risques (...) pour que les jeunes ne meurent plus, pour faire cesser les pleurs des mères", a néanmoins déclaré M. Erdogan lors d'une réunion de son Parti de la justice et du développement (AKP, issu de la mouvance islamiste).
Pour les analystes cependant, les espoirs sont faibles de parvenir à la paix alors que les attaques du PKK ont attisé l'hostilité de l'opinion publique face à la perspective de nouvelles réformes et que des élections législatives sont attendues l'an prochain.
"Les chances qu'une ouverture fasse taire les armes (...) n'existent plus", a écrit l'éditorialiste Derya Sazak dans le quotidien Milliyet.
"En Turquie, à l'approche des élections, aussi bien le parti au pouvoir que l'opposition surfent sur une vague de populisme et ont perdu la capacité de produire des solutions pacifiques", poursuit-il.
Geste symbolique de ce nouvel état d'esprit, un tribunal a ordonné jeudi le placement en détention provisoire de plusieurs rebelles du PKK qui s'était rendus en octobre aux autorités turques dans un geste de soutien aux projets de réforme du gouvernement.
Spécialiste de la question kurde, le journaliste Rusen Cakir a estimé que l'arrestation des rebelles, dont la reddition avait selon lui été organisée avec l'approbation du gouvernement, marquait l'abandon par Ankara de sa stratégie officieuse d'inclusion du PKK dans ses efforts de paix.
"Si l'Etat ne tient pas ses promesses et continue à abandonner la question aux autorités sécuritaires et judiciaires, nous allons attendre longtemps avant de trouver une solution", a-t-il commenté dans le journal Vatan.
Les violences se sont multipliées depuis l'annonce le mois dernier par le leader emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan, qu'il abandonnait ses efforts pour un dialogue avec le gouvernement.
En dépit des annonces du gouvernement, des centaines de militants Kurdes ont été arrêtés depuis l'an dernier dans le cadre d'une enquête sur les soutiens du PKK. Un tribunal doit prochainement se prononcer sur un acte d'accusation incriminant 150 d'entre eux.
Le PKK est considéré comme une organisation terroriste par de nombreux pays. Le conflit kurde en Turquie a fait plus de 45.000 morts, selon l'armée.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.