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Turquie: recrudescence du conflit kurde, Ankara interpelle son allié américain


Jeudi 1 juillet 2010 à 14h24

ANKARA, 1 juil 2010 (AFP) — La recrudescence des affrontements entre l'armée turque et les rebelles kurdes rappelle que ce conflit reste le problème majeur de la Turquie, qui réclame davantage d'aide de son allié américain, à un moment où les relations bilatérales sont crispées.

Deux soldats turcs, trois membres des forces paramilitaires, et 12 rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont été tués mercredi lors de combats dans le sud-est de la Turquie, a annoncé jeudi l'état-major turc.

Attentats à la bombe à Istanbul, attaques contre des avant-postes à la frontière irakienne suivies d'une riposte de l'armée contre les rebelles en Turquie et dans le nord de l'Irak: le pouvoir turc est de nouveau confronté aux menaces du PKK qui a annoncé qu'il porterait le conflit jusque dans les grandes villes.

L'"ouverture démocratique", initiative lancée l'an dernier par le gouvernement islamo-conservateur pour octroyer plus de droits aux Kurdes, avait pourtant semblé amorcer un processus de règlement d'un conflit qui a fait 45.000 morts, depuis 1984.

L'interdiction du principal parti pro-kurde et une offensive judiciaire contre les milieux kurdes ont toutefois sonné le glas du projet.

Depuis juin, 50 personnes ont été tuées dans les violences, selon un décompte de l'AFP.

Selon les autorités, la plupart des attaques du PKK sont organisées par son commandement militaire réfugié dans la montagne irakienne, régulièrement pilonnée par l'aviation turque.

Dans ce domaine, Ankara bénéficie des renseignements fournis par les Etats-Unis, son allié de l'Otan, sur les bases arrières et déplacements du PKK.

Mais "la Turquie ne dispose pas suffisamment d'aide de la part des Etats-Unis dans sa lutte contre le PKK", estime Sinan Ogan, directeur du centre de recherche Turksam.

Il note aussi que la diplomatie d'Ankara, tournée récemment vers ses voisins de l'est - Syrie ou Iran - dérange Washington, sans aller jusqu'à établir un lien de cause à effet entre les deux phénomènes.

La crise de la flottille humanitaire vers Gaza, qui a amené les relations turco-israéliennes au bord de la rupture, et le refus turc de voter des sanctions contre l'Iran à l'Onu, ont crispé les rapports bilatéraux.

Le sous-secrétaire d'Etat américain adjoint Philip Gordon a récemment enjoint Ankara de faire la preuve de sa loyauté envers Washington.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a nié mercredi toute tension avec Washington, affirmant que "parfois, les alliés ont des vues différentes sur certaines choses". Mais, a-t-il poursuivi: "Cela ne veut pas dire qu'il y a un problème".

Le même jour cependant, son vice-Premier ministre, Cemil Ciçek, rappelait que la Turquie attendait davantage des Américains, dans la lutte contre le PKK.

"Nous voulons une coopération plus déterminée, au-delà du mécanisme tripartite (Turquie-USA-Irak)" mis en place en 2007 contre les rebelles, a-t-il affirmé.

Il a aussi réclamé que les Etats-Unis livrent les dirigeants du PKK réfugiés dans le nord de l'Irak, et qu'ils incitent l'administration kurde de cette zone à couper tous les moyens logistiques du mouvement.

M. Erdogan s'est entretenu de cette question avec le président américain Barack Obama, le week-end dernier à Toronto (Canada).

Il s'est plaint du "timing" des informations fournies à l'armée turque par les drones américains, réclamant qu'elles viennent en "temps réel", pour que les jets turcs puissent frapper avec acuité leurs cibles, affirme le journal Radikal.

"C'est simple, nous demandons aux Américains de nous fournir plus d'informations sur le PKK en Irak et il en ont tous les moyens", fait remarquer un diplomate turc à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.