
Vendredi 20 mars 2015 à 10h30
Ankara, 20 mars 2015 (AFP) — Le chef rebelle kurde Abdullah Öcalan doit dévoiler samedi pour le Nouvel an kurde sa "feuille de route" pour un règlement du conflit kurde en Turquie, qu'il a relancé il y a trois semaines en annonçant que ses troupes pourraient déposer les armes.
Déjà présenté comme "historique" par ses partisans, le message du fondateur du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui purge une peine de prison à vie, sera lu devant les centaines de milliers de personnes attendues pour célébrer ce "Newroz" à Diyarbakir, la capitale du sud-est à majorité kurde de la Turquie.
Aucun détail de cette lettre, remise jeudi par le détenu à ses visiteurs, n'a filtré mais elle devrait proposer des mesures concrètes pour faire avancer les discussions engagées à l'automne 2012 entre le gouvernement islamo-conservateur et le chef du PKK pour mettre un terme à une guérilla qui a fait 40.000 tués depuis 1984.
Il s'agit d'une "feuille de route pour la nation et la région, avec des détails théoriques et pratiques sur le chemin de la paix", a lâché le député kurde Sirri Süreyya Önder.
Le 28 février, le chef du PKK, bientôt 66 ans, avait déjà donné un spectaculaire coup de fouet aux négociations, engluées depuis des mois, en demandant à ses partisans de convoquer un congrès pour décider la fin des hostilités.
"Nous nous rapprochons d'un règlement de ce conflit vieux de trente ans sous la forme d'une paix définitive", avait argué M. Öcalan dans un message écrit.
Deux ans après un précédent appel au cessez-le-feu, toujours respecté, cet appel au désarmement a été salué de tous bords comme un pas important. Mais de nombreux obstacles se dressent encore sur la route de la paix, à moins de trois mois des élections législatives du 7 juin prochain. Notamment dans le camp kurde.
Derrière les barreaux depuis seize ans, le chef du PKK continue malgré tout à tenir ses troupes. Mais elles ont exigé des garanties.
- Conditions -
"D'abord une solution, ensuite le désarmement", a résumé un des chefs militaires de la rébellion, Cemil Bayik, depuis son repaire des monts Kandil, dans le nord de l'Irak.
Si elle ne revendique plus d'indépendance, la rébellion réclame une large autonomie pour les 15 millions de Kurdes de Turquie (20% de la population du pays).
Autre condition posée par les Kurdes, l'abandon de la loi controversée de "sécurité intérieure" en discussion au Parlement, jugée "liberticide" par l'opposition.
Le gouvernement a proposé ce texte pour renforcer les pouvoirs de la police, après les violentes émeutes prokurdes provoquées en octobre par le refus turc d'aider la ville syrienne de Kobané alors assiégée par les jihadistes.
De son côté, le président Recep Tayyip Erdogan s'est démené pour pousser les feux de la paix avant les législatives. L'homme fort du pays souhaite s'attirer les faveurs de l'électorat kurde et arracher ainsi la majorité des deux tiers des députés indispensable à une réforme de la Constitution qui renforcerait ses pouvoirs de chef de l'Etat.
Mais, à l'approche du scrutin, il a été contraint de muscler son discours pour satisfaire les nationalistes. "Il n'y a pas de problème kurde", a-t-il ainsi lancé le week-end dernier.
Le chef du parti kurde, Selahattin Demirtas, a lui aussi haussé le ton en lui reprochant d'être "un sultan distribuant l'aumône". Et pour rassembler ses troupes, il a nié vouloir négocier un "accord honteux" qui verrait son parti voter un renforcement des pouvoirs de M. Erdogan en échange de plus d'autonomie pour les Kurdes.
Signe de ces tensions pré-électorales, des incidents entre manifestants kurdes et forces de l'ordre ont été signalés jeudi dans les provinces de Batman et Sirnak (sud-est).
Dans ce climat, peu de chance d'arracher un quelconque accord avant le scrutin. "La vraie discussion ne commencera que le 8 juin", a résumé l'éditorialiste Serkan Demirtas dans les colonnes du quotidien Hürriyet Daily News.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.