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Syrie: Annan "optimiste" malgré sa mission "difficile", offensive à Idleb


Dimanche 11 mars 2012 à 15h45

DAMAS, 11 mars 2012 (AFP) — L'émissaire international Kofi Annan s'est dit "optimiste" dimanche après son entretien avec le président Bachar al-Assad, tout en reconnaissant la difficulté de sa mission de paix au moment où l'armée menait une offensive meurtrière contre la province rebelle d'Idleb.

Cette deuxième rencontre, comme celle de la veille, visait à négocier une sortie de crise alors que les violences dans le pays, secoué depuis un an par une révolte populaire réprimée dans le sang, ont fait plus de 8.500 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

"Oui, je suis optimiste", a déclaré M. Annan à des journalistes après son entretien avec le président syrien. "Cela va être difficile, mais nous devons espérer", a-t-il nuancé, assurant que "la situation est si mauvaise et dangereuse qu'on ne peut pas se permettre d'échouer".

Auparavant il avait affirmé avoir présenté "une série de propositions concrètes qui auraient un impact réel sur le terrain et aideraient à lancer un processus visant à mettre fin à cette crise".

Selon l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe, les discussions se sont concentrées sur la nécessité "d'un arrêt immédiat des violences et des meurtres, d'un accès aux agences humanitaires et d'un dialogue".

"La réponse réaliste est (...) d'adopter des réformes qui jetteraient les bases solides d'une Syrie démocratique et d'une société pacifique, stable, pluraliste et prospère sur la base du droit et du respect des droits de l'Homme", a encore poursuivi M. Annan.

La veille, il avait exprimé devant M. Assad sa "profonde préoccupation" face à la répression et rencontré des opposants qui se sont dits prêts à un dialogue si le régime donnait des "signes de bonne volonté", en particulier la fin des violences.

Le président Assad avait alors affirmé que Damas était "prêt à faire réussir tout effort sincère pour trouver une solution", prévenant toutefois que le dialogue serait voué à l'échec tant qu'il y aurait "des groupes terroristes oeuvrant pour semer le chaos", en référence aux rebelles.

Cette tentative de médiation est intervenue alors que la répression ne montrait aucun signe de répit, au lendemain de la mort de 90 personnes à travers le pays.

Au moins neuf personnes sont mortes en Syrie dimanche.

Samedi soir, dans la province d'Idleb, l'armée a pris d'assaut la ville d'Idleb et dimanche le district de Jisr al-Choughour, d'après l'OSDH.

Trois soldats ont été tués dans de violents combats entre déserteurs et armée dans ce district où un civil a été également tué par les forces de sécurité. Un quatrième soldat a péri dans des combats à Jabal al-Zaouia, bastion rebelle dans Idleb.

Une femme et son enfant ont par ailleurs été tués par des tirs de mitrailleuses lourdes à Ariha, toujours dans la province d'Idleb, une région montagneuse et frontalière de la Turquie.

Depuis plusieurs jours, des troupes se massaient dans cette région, se préparant à une offensive semblable à celle lancée contre Baba Amr, quartier rebelle de Homs repris le 1er mars par l'armée après un mois de siège et de pilonnage meurtrier.

Par ailleurs, un champion de boxe, Ghiath Tayfour a été abattu par des hommes armés à Alep (nord), selon l'OSDH, un meurtre attribué à un "groupe terroriste" par l'agence officielle Sana. Dans la même ville, une militante kurde a été tuée à l'aube par des tirs à un barrage.

Sur le plan diplomatique, Damas a accusé Doha et Ryad d'envenimer la crise. "Le Qatar et l'Arabie saoudite sont les principaux responsables de la poursuite des événements en Syrie", a écrit le quotidien gouvernemental Techrine, appelant la communauté internationale "à neutraliser leur rôle négatif".

La veille, le Qatar, chef de file des pays arabes critiques de Damas, avait dénoncé "un génocide" et appelé à nouveau à l'envoi de forces arabes et internationales en Syrie.

L'Arabie saoudite avait de son côté jugé que le veto russo-chinois en février à une résolution onusienne avait permis au régime de poursuivre la répression.

Moscou maintient son refus de tout ingérence et renvoie dos à dos le régime et les rebelles.

La Chine, également très critiquée pour son soutien à Damas, a dépêché pour sa part un émissaire, Zhang Ming, qui a entamé en Arabie saoudite une tournée qui doit le conduire en Egypte puis en France, pour expliquer sa position. Il a rencontré dimanche à Ryad le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Abdellatif Zayani.

M. Annan doit quitter Damas dimanche pour Doha. Selon un diplomate turc, il doit aussi visiter prochainement les camps de réfugiés syriens à la frontière syro-turque.

Lundi, les ministres des Affaires étrangères américain, européens et russe célébreront au siège des Nations unies à New York le Printemps arabe, mais la Syrie devrait dominer les débats qui s'annoncent conflictuels, selon des diplomates.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.