Mardi 10 octobre 2006 à 13h51
BAGDAD, 10 oct 2006 (AFP) — Le président irakien déchu Saddam Hussein a eu une nouvelle altercation mardi avec le juge et a été expulsé du tribunal où il est accusé de génocide contre les kurdes, après de nouveaux témoignages sur les horreurs dans les camps de détention de l'ancien régime.
Parallèlement, la violence a continué de tuer en Irak, avec la découverte par la police de soixante corps à Bagdad ce dernières 24 heures et la mort de 10 personnes dans un attentat à la bombe devant une boulangerie dans la capitale irakienne.
Les corps, dont la plupart portaient la trace d'une exécution par balle à bout portant, ont été découverts dans plusieurs quartiers de Bagdad sur fond de violences confessionnelles entre chiites et sunnites.
Pendant l'audience devant le haut tribunal pénal irakien qui siège dans la zone fortifiée de Bagdad, une dispute a éclaté avec le juge Mohammed al-Oreibi al-Khalifa lorsque Saddam Hussein a voulu lire un verset du Coran, et que le juge a fermé son microphone.
Comme c'est devenu la règle, avec l'expulsion de l'ex-président, un autre accusé, Hussein Rachid al-Tikriti, un ancien commandant adjoint des forces armées, s'est mêlé à la querelle. Il a demandé à sortir en accusant le tribunal d'être composé de "souteneurs et de traîtres" puis il a envoyé un coup de poing à un huissier qui voulait le faire asseoir. Il a été expulsé à son tour.
Un troisième accusé, Ali Hassan al Majid, ancien ministre de la Défense, a alors lancé: "Je veux que le verdict soit rendu tout de suite. Je veux être exécuté et en finir avec ce procès".
Les débats ont continué à huis clos, mais ensuite le huis clos a été levé et tous les accusés étaient absents du tribunal, selon les journalistes sur place.
Avant le tumulte, le tribunal a entendu une kurde raconter les horreurs dont elle avait été témoin dans les camps de détention de l'ancien régime.
"Une femme, qui était avec nous, a donné naissance dans des toilettes. Nous avons dû couper le cordon ombilical à l'aide d'une bouteille cassée", a-t-elle dit devant la cour, dissimulée derrière un rideau pour protéger son identité.
Fin septembre, le juge avait déjà expulsé trois fois Saddam Hussein en une semaine, pour refus d'obéissance.
Les avocats de la défense boycottent le procès pour protester contre la nomination en septembre du juge Mohammed al-Oreibi al-Khalifa due, selon eux, à une intervention du gouvernement.
En l'absence des avocats habituels, la défense de Saddam Hussein et de ses co-accusés est assurée par des avocats commis d'office mais que les accusés récusent.
L'ex-président et Hassan al-Majid, surnommé Ali le chimique pour son rôle dans les bombardements chimiques des zones civiles, sont accusés de génocide. En outre, tous deux et les cinq autres co-accusés, sont poursuivis pour crime de guerre et crime contre l'humanité contre les Kurdes pour avoir ordonné et exécuté les campagnes militaires d'Anfal, en 1987-1988, qui ont fait plus de 180.000 morts au Kurdistan, selon l'accusation.
Tous risquent la peine de mort.
La veille, quatre kurdes ont témoigné dont une femme qui, s'exprimant anonymement derrière un rideau, a décrit dans quelles circonstances sa famille a disparu lors de l'offensive irakienne contre le Kurdistan en 1988.
"Je connais le sort de ma famille: ils ont été enterrés vivants", a-t-elle dit après que le juge a déclaré que les cartes d'identité des membres de sa famille avaient été retrouvées dans une fosse commune à Hadhar (nord).
Depuis le début du procès le 21 août, les témoins décrivent, en des termes similaires, la fuite ou la mort des habitants après l'attaque de leurs villages aux armes chimiques, la séparation des familles, l'agonie des victimes volontairement mal soignées dans les hôpitaux, les conditions dégradantes de détention dans des prisons sordides du sud de l'Irak.
Un témoin a décrit comment les femmes étaient conduites dans le bureau du directeur de la prison de Nugrat Salman (sud) pour y être violées.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.