Vendredi 26 octobre 2007 à 14h42
BAGDAD, 26 oct 2007 (AFP) — Les Kurdes d'Irak sont la clef d'une solution à la présence dans leur région de rebelles anti-turcs, assurent des experts, alors qu'Irakiens et Turcs ont entamé vendredi des tractations à Ankara.
Pour ces analystes et responsables politiques, le démantèlement des camps du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), dans le nord de l'Irak, exigé par la Turquie qui menace d'avoir recours à la force, ne peut se faire sans l'appui des forces politiques de la région autonome du Kurdistan irakien.
"Les protagonistes kurdes d'Irak peuvent aider à régler le problème, même s'ils ne sont pas en mesure de déloger les rebelles des montagnes", a expliqué à l'AFP Joost Hiltermann, de l'organisation International Crisis Group.
"Ils peuvent leur rendre la vie difficile, en limitant leurs mouvements", a-t-il souligné.
Le rôle clef des forces de sécurité du Kurdistan irakien est mis en évidence par la situation géographique des camps du PKK, dans un massif isolé de l'est du Kurdistan, les monts du Qanjil, dont elles contrôlent les voies d'accès.
Trois incursions turques, en 1995 et 1997, mobilisant des dizaines de milliers de soldats, n'ont pas pu venir à bout des maquisards, dont le nombre est aujourd'hui estimé à moins de 4.000.
Signe de la prise en compte des Kurdes irakiens, la délégation irakienne venue à Ankara pour trouver une issue à la crise comprend des représentants des deux formations les plus importantes de cette communauté: le Parti démocratique du Kurdistan (PDK), de Massoud Barzani, et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK), de Jalal Talabani.
"Le temps de la marginalisation des Kurdes est passé", a expliqué à l'AFP Mohammed Mulla Qadir, responsable du PDK.
"Nous n'acceptons pas qu'une délégation du gouvernement irakien négocie avec le gouvernement turc sans la participation de représentants de la province. Nous rejetterions les décisions prises en l'absence de nos représentants", a-t-il souligné.
La Turquie insiste pour que le pouvoir central à Bagdad soit tenu pour seul responsable de la mise au pas des rebelles kurdes. Mais l'influence de Bagdad est limitée au Kurdistan, où règne l'armée des "peshmergas" qui obéissent aux deux hommes forts de la région, MM. Talabani et Barzani.
"Ankara doit comprendre que ce sont les partis kurdes qui peuvent influencer le PKK", a commenté pour l'AFP le député kurde irakien Mahmud Othman.
"Une manière pacifique et politique de résoudre la crise serait une amnistie générale (par Ankara) des rebelles du PKK, a-t-il ajouté. Mais la requête d'Ankara que les camps soient fermés, et que les rebelles leur soient livrés, est une demande ridicule".
"Ils veulent une centaine de rebelles du PKK, mais également 150 Kurdes irakiens. Et je suis l'un d'entre eux !", a encore souligné le député.
Les termes de la séance de négociations entre Irakiens et Turcs vendredi à Ankara sont restés secrets, mais la partie turque avait insisté sur la nécessité de faire des propositions concrètes.
"Je ne connais pas les propositions concrètes de Bagdad à Ankara, mais elles doivent être pacifiques, politique et non pas militaires", a encore insisté Mahmoud Othman.
Pour Joost Hiltermann, une solution militaire semble encore lointaine.
"Une incursion militaire par la Turquie semble hautement improbable, assure-t-il. Leurs bruits de bottes sont destinés à Washington pour qu'il fasse pression sur Bagdad pour prendre des mesures pour régler ce problème".
Mais, a-t-il ajouté, "les Kurdes Irakiens ne vont pas aider les Etats-Unis sans obtenir quelque chose en retour, comme un referendum sur Kirkouk", qui devrait être organisé dans les mois prochains.
Le sort de la ville pétrolière que les Kurdes veulent rattacher à leur région est un dossier très sensible. Ni Bagdad ni Ankara ne veulent que cet ajout substantiel vienne compléter le statut de mini-état de la province kurde.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.