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Le principal parti pro-kurde de Turquie menacé d'interdiction


Vendredi 16 novembre 2007 à 14h18

ANKARA, 16 nov 2007 (AFP) — La justice turque a lancé vendredi une procédure qui pourrait se solder par l'interdiction du principal parti pro-kurde de Turquie pour collusion avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) alors que le pays se prépare à sévir contre les repaires des rebelles kurdes en Irak.

La demande a été déposée auprès de la Cour constitutionnelle à l'encontre du Parti pour une société démocratique (DTP), fondé en 2005 sur les cendres d'un autre parti pro-kurde dissous par la justice pour ses liens avec le PKK, une organisation terroriste pour Ankara, Washington et l'UE.

"Le parti en question est devenu le foyer d'activités préjudiciables à l'indépendance de l'Etat et à son unité indivisible", en l'occurence en faveur du PKK, a affirmé dans un communiqué le procureur de la Cour de cassation, Abdurrahman Yalçinkaya.

Le procureur réclame que les dirigeants de la formation soient interdits d'activité politique pendant cinq ans.

Huit députés sont visés par cette mesure.

Selon l'acte d'accusation la direction du DTP obéit aux "directives" du chef emprisonné du PKK, Abdullah Öcalan.

La mesure intervient alors qu'Ankara menace de lancer une opération militaire contre les repaires en Irak du PKK qui utilise le nord de ce pays comme base-arrière pour lancer des attaques en Turquie.

Le DTP a dénoncé une atteinte à la démocratie. "C'est n'est pas vraiment une surprise", a commenté à l'AFP Sirri Sakik, député et figure influente du DTP.

"Il s'agit d'un retour en arrière dans le processus démocratique ainsi que dans celui de l'intégration à l'Union européenne", a-t-il affirmé.

La Turquie a entamé en 2005 de difficiles négociations d'adhésion à l'UE après avoir mené un vaste chantier de réformes démocratiques, notamment en faveur de sa communauté kurde.

Le DTP succède à une lignée de partis pro-kurdes dissous, dont le plus connu à l'étranger est le parti démocratique (DEP). Quatre députés, dont la lauréate du prix Sakharov des droits de l'Homme, Leyla Zana, ont purgé de 1994 à 2004 une peine de dix ans de prison pour liens avec le PKK.

Lors d'élections législatives, les partis pro-kurdes n'ont jamais réussi à franchir la barre des 10% de voix nécessaires au plan national pour entrer au Parlement.

Au dernier scrutin en juillet dernier, le DTP a choisi de contourner cet obstacle en envoyant à l'Assemblée 20 candidats indépendants (sur 550 sièges) qui se sont ensuite regroupés sous la bannière de leur formation.

Les députés du DTP sont accusés par le gouvernement, l'opposition, l'armée et la majorité de la presse d'être la vitrine politique légale du PKK, qui mène depuis 1984 une lutte armée sanglante contre le pouvoir central turc au prix de plus de 37.000 morts.

Un sondage publié vendredi révèle que 77,1% des Turcs sont défavorables à la présence au Parlement d'élus du DTP.

Une députée du DTP, Sabahat Tuncel, est actuellement jugée --malgré son immunité-- pour soutien présumé au PKK tandis que le mari d'une autre élue, Fatma Kurtulan, lutte dans les rangs du PKK.

Les députés nationalistes ont récemment demandé que l'immunité de leurs collègues du DTP soit levée mais le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan s'y est opposé.

Le bureau de M. Yalçinkaya travaillait depuis l'an dernier à recueillir des preuves à l'encontre du DTP, qui vient d'élire à sa direction des personnalités considérées comme des "faucons" du militantisme kurde, lors d'un congrès à Ankara.

Son nouveau chef, Nurettin Demirtas, a été emprisonné 12 ans pour appartenance au PKK.

La procédure devrait durer plusieurs mois.

Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.