Mardi 18 decembre 2007 à 10h15
ERBIL (Irak), 18 déc 2007 (AFP) — Des soldats turcs ont pénétré pour la première fois depuis le début de la crise dans la région autonome du Kurdistan irakien (nord), d'où opèrent des rebelles kurdes du PKK, a affirmé Jabbar Yawar, porte-parole des forces de sécurité kurdes (peshmergas).
"Les soldats turcs ont pénétré dans une zone désertique où aucune force irakienne ou kurde n'est déployée. Nous ne savons pas combien ils sont et jusqu'où ils ont pénétré" en territoire irakien, a dit M. Yawar à l'AFP.
"Des soldats turcs, appuyés par l'aviation, ont traversé à 04h00 (01h00 GMT) la frontière irakienne à Khawakurt", aux confins de l'Iran et de la Turquie, a pour sa part déclaré à l'AFP un membre du Parti des Travailleurs du Kurdistan, en lutte contre le pouvoir central d'Ankara.
Selon une télévision locale kurde irakienne, les troupes turques ont pénétré de plusieurs kilomètres à l'intérieur de l'Irak et pris position dans plusieurs villages.
Les responsables militaires turcs, contactés par l'AFP, n'ont pas confirmé la présence de troupes turques en Irak.
Selon l'édition en ligne du quotidien turc Hurriyet, les soldats pourraient appartenir à des unités de commandos tentant de bloquer les rebelles chassés de leurs positions par des bombardements dimanche.
Si cette information était confirmée, il s'agirait de la première incursion de troupes au sol turques depuis le début de la crise en octobre qui a vu la Turquie menacer à plusieurs reprises d'intervenir militairement chez son voisin pour y déloger les rebelles du PKK.
Cette annonce d'une incursion turque intervient alors que la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice est arrivée mardi à Kirkouk, dans le nord de l'Irak, pour une visite surprise.
Ces informations sur une opération terrestre font également suite à d'intenses bombardements de l'aviation et de l'artillerie turques dimanche contre des positions du PKK dans le massif de Qandil, dans le Kurdistan irakien, qui abriterait environ 3.500 combattants rebelles.
Ces frappes ont été vivement condamnées par les autorités de Bagdad et du Kurdistan irakien qui les considèrent comme une violation de la souveraineté irakienne.
Selon l'agence pro-PKK Firat, les bombardements ont fait sept tués, cinq combattants et deux civils.
Le PKK, en lutte depuis 1984 contre le pouvoir central d'Ankara, est considéré comme un groupe terroriste par la Turquie, les Etats-Unis et l'UE. Ces années de violences ont fait 37.000 morts.
Le chef d'état-major turc Yasar Buyukanit a affirmé que les Etats-Unis, alliés de la Turquie mais aussi grands soutiens du Kurdistan irakien, avaient donné leur accord tacite aux raids de dimanche en fournissant des "renseignements" et en donnant la permission de pénétrer dans l'espace aérien irakien.
A Washington, un porte-parole du département d'Etat a éludé une question sur cet éventuel feu vert. Mais Washington a jugé les raids turcs "conformes" à des frappes déjà effectuées par la Turquie.
Quelque 100 tonnes de bombes ont été larguées sur les cibles "ennemies", selon une source militaire à Ankara. Le quartier-général du PKK à Qandil a été entièrement détruit, selon les médias turcs.
Le 1er décembre, la Turquie avait mené une première opération aérienne limitée contre le PKK en Irak, après le feu vert du Parlement turc à une intervention militaire chez son voisin.
Ce feu vert faisait suite à une attaque de rebelles du PKK en provenance d'Irak qui avait tué 12 soldats turcs le 21 octobre près de la frontière.
Cette perspective avait mobilisé la communauté internationale, dont les Etats-Unis qui y voient un risque de déstabilisation de la seule région d'Irak relativement épargnée par la violence. Et les autorités irakiennes s'étaient engagés à tenter de limiter la liberté d'action du PKK.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.