Vendredi 23 février 2007 à 21h11
PARIS, 23 fév 2007 (AFP) — La cour d'appel de Paris a décidé vendredi de remettre en liberté huit Kurdes présentés comme appartenant au parti séparatiste PKK, mis en examen (inculpés) pour des activités terroristes présumées et incarcérés le 9 février, a-t-on appris auprès de leurs avocats.
Parmi eux figurent Riza Altun, 52 ans, Attila Balikci, 31 ans, et Nedim Seven, 39 ans, respectivement considérés comme le représentant du PKK en Europe, son "secrétaire" et le "trésorier" du mouvement.
Ils ont été placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter la région parisienne, selon leurs avocats.
"Ce qui a frappé la Cour (d'appel), c'est que nous avons démontré que les autorités françaises entretenaient des relations suivies entre 2000 et 2006 avec nos clients, tolérant ainsi leurs collectes (d'argent), et qu'on ne voyait pas comment elles auraient pu fermer les yeux sur les infractions dont on les accuse", ont déclaré à l'AFP Mes Antoine Comte, Jean-Louis Malterre et Sylvie Boitel.
Au total, quatorze Turcs et un Australien d'origine kurde, régulièrement installés en France, avaient été arrêtés lors d'un coup de filet les 5 et 6 février dans la région parisienne et en Bretagne (ouest). Quatorze d'entre eux avaient été écroués.
Deux autres Kurdes l'avaient été en juillet dernier, au démarrage de l'enquête, après avoir avoir été interpellés au moment où ils changeaient 200.000 euros en dollars, sans pouvoir justifier leur provenance.
Tous ont été présentés comme des membres actifs du PKK, soupçonnés d'avoir participé au financement d'attentats commis en Turquie et à des combats au Kurdistan irakien, et de blanchiment d'argent.
En outre, Canan Kurtyilmaz, 33 ans, présentée comme la dirigeante de l'organisation séparatiste kurde PKK et arrêtée en Belgique le 5 février, a été transférée en France le 16 février. Elle a été mise en examen, puis placée sous contrôle judiciaire deux jours plus tard.
Le PKK, considéré comme un mouvement terroriste par la Turquie, l'Union européenne et les Etats-Unis, a déclenché en 1984 une rébellion sécessionniste dans le sud-est de la Turquie, région pauvre et sous-développée, peuplée majoritairement de Kurdes. Le conflit a fait environ 37.000 morts.
L'un des Kurdes remis en liberté aurait affirmé avoir joué les intermédiaires avec la DST (contre-espionnage français), selon des sources proches du dossier.
La DST a confirmé l'existence de contacts avec des Kurdes du PKK mais uniquement, affirme-t-elle, "pour leur rappeler qu'ils ne doivent pas franchir la ligne jaune".
La police turque s'était félicitée du coup de filet de la France, appelant les autres pays d'Europe à faire de même. Les journaux turcs avaient évoqué la plus grosse "rafle" contre le PKK en France et en Belgique.
Selon des sources concordantes, une "collecte plus ou moins forcée" permet de recueillir en une année cinq millions d'euros auprès des Kurdes vivant en Europe, dont environ le quart en provenance de France.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.