Jeudi 24 août 2006 à 14h03
BAGDAD, 24 août 2006 (AFP) — Les trois premières audiences du deuxième procès de Saddam Hussein, accusé de génocide au Kurdistan, se déroulent dans un climat plus serein que son premier procès pour le massacre de villageois chiites, qui avait été critiqué par des organisations des droits de l'homme.
L'ancien président irakien et six de ses lieutenants étaient jugés depuis lundi pour leur responsabilité dans les campagnes militaires Anfal (butin de guerre, d'après le titre d'une sourate du Coran), qui auraient fait jusqu'à 180.000 morts en 1987 et 1988 au Kurdistan irakien (nord).
Ce procès - ajourné mercredi au 11 septembre à l'issue de la troisième audienne- est le plus attendu de ceux qui doivent encore être menés contre Saddam Hussein (gazage de la ville kurde d'Halabja en 1988, invasion du Koweït en 1990, répression du soulèvement chiite en 1991), en raison de la gravité des faits reprochés.
Pour la première fois, les accusés représentent les principaux dignitaires et responsables militaires du régime: outre Saddam, son cousin Ali Hassan al-Majid, surnommé "Ali le chimique", ancien chef d'état-major pour le nord de l'Irak, l'ancien ministre de la Défense Sultan Hashim al-Tai, l'ancien directeur du renseignement militaire Sabir al-Douri.
Lors du procès de Doujaïl, Saddam Hussein comparaissait aux côtés de plusieurs personnalités de haut plan, mais aussi de responsables obscurs du parti Baas, pour le meurtre de 148 villageois chiites en représailles d'une attaque contre le convoi présidentiel en 1982.
L'accusation semble avoir gagné en maturité et en transparence: en particulier, les six témoins à charge qui se sont présentés à la barre jusqu'à présent, l'ont fait à visage découvert.
Plusieurs organisations des droits de l'homme avaient dénoncé l'usage excessif de témoins anonymes, dissimulés derrière un rideau et dont la voix était déformée artificiellement, lors du procès de Doujaïl.
Surtout, les trois audiences qui se sont déroulées de lundi à mercredi, ont été marquées par un ton nouveau, plus calme et mesuré, alors que le procès de Doujaïl avait à de nombreuses reprises dégénéré en explosions de colère, d'insultes, de sorties spectaculaires de la part des accusés, sans compter plusieurs grèves de la faim de Saddam lui-même.
"La meilleure explication de la sérénité des débats depuis l'ouverture du procès Anfal tient à l'absence d'une personnalité comme celle de Barzan al-Takriti", a souligné un responsable américain proche du Haut tribunal pénal irakien.
Le tempérament volcanique de Barzan, demi-frère de Saddam Hussein et ancien responsable des services de sécurité, avait provoqué plus d'une interruption de séance lors du procès de Doujaïl.
Quant à Saddam Hussein, qui a gardé la même apparence que pour le précédent procès, barbe poivre et sel soigneusement taillée, chemise blanche et costume sombre, Coran sur les genoux, il ne s'est emporté qu'une seule fois depuis le début des audiences du procès Anfal.
L'ancien dictateur n'a pas supporté que le procureur, Mounkithe al-Faroun, accuse les troupes irakiennes d'avoir violé de nombreuses femmes au cours des campagnes Anfal.
"S'il affirme qu'une seule femme irakienne a été violée à mon époque et qu'il ne peut pas le prouver, je le pourchasserai jusqu'à la fin de mes jours", a tonné Saddam Hussein.
"Une femme irakienne violée à mon époque ? Sous le règne de Saddam ? Saddam ne va pas accepter cela", avait-il poursuivi, avant de raconter comment il avait fait exécuter un soldat coupable de viol lors de l'invasion du Koweït en 1990.
Le verdict dans le procès de Doujaïl est attendu le 16 octobre, un an après son ouverture.
Les informations ci-dessus de l'AFP n'engagent pas la responsabilité de l'Institut kurde de Paris.