Institut
Imprimer cette page



Page Précédente

Les Kurdes syriens élèvent la voix pour obtenir leurs droits


DAMAS, 7 juin (AFP) - 15h23 - Encouragés par les acquis de leurs frères en Irak, les Kurdes syriens ont haussé le ton pour obtenir leurs droits et les zones du nord de la Syrie où ils sont implantés deviennent un foyer de tension.
La situation est notamment très tendue dans la ville majoritairement kurde de Qamichli, à 680 km au nord-est de Damas, depuis l'assassinat de l'influent cheikh kurde Mohammad Maachouk Khaznaoui, disparu le 10 mai à Damas et dont le corps a été retrouvé il y a une semaine.

Des troubles ayant fait plusieurs blessés ont éclaté samedi entre des manifestants qui exigeaient que la lumière soit faite sur sa mort et les forces de l'ordre qui ont arrêté plus de 50 Kurdes.

Une rencontre a réuni lundi des représentants des partis kurdes et des tribus arabes de la région pour contenir les troubles qui ont revêtu un caractère ethnique opposant "les Arabes aux Kurdes", selon certains responsables kurdes.

"Le problème n'est pas avec les Arabes, mais avec le pouvoir qui jette les Arabes dans ce conflit et les utilise comme un instrument contre nous", affirme Kheireddine Mrad, secrétaire général du parti Azadi, interdit comme les onze autres formations kurdes en Syrie.

Selon le secrétaire général du parti kurde Yakiti, Hassan Saleh, "des dizaines de boutiques appartenant à des Kurdes ont été saccagées par des milices baassistes", formées d'Arabes, lors des troubles de samedi.

"Nous voulons le dialogue pour régler le problème kurde, surtout à l'occasion de la tenue du congrès du parti Baas" au pouvoir, assure M. Saleh.

Il accuse les autorités de "refuser jusqu'à présent le dialogue".

Les responsables des partis kurdes se défendent de toutes visées sécessionnistes et assurent qu'ils veulent uniquement la reconnaissance de leurs droits.

Mais ils avouent que l'accession d'un Kurde, Jalal Talabani, à la présidence de l'Irak leur a donné des espoirs.

"Bien sûr que ce qui s'est passé en Irak a une influence", mais "nous voulons préserver l'unité nationale syrienne, affirme Aziz Daoud, secrétaire général du Parti démocratique progressiste kurde.

"Nous réclamons la résolution de nos problèmes, notamment l'octroi de la nationalité et la reconnaissance de nos droits culturels comme l'enseignement de la langue kurde", dit-il.

Selon les partis kurdes, il existe aujourd'hui 225.000 Kurdes n'ayant pas la nationalité syrienne, à la suite d'un recensement datant de 1962 et qui ne les avait pas comptabilisés, auxquels il faut ajouter 75.000 autres sans papiers.

"Les Kurdes ont des revendications légitimes et reporter la solution de cette question n'est pas dans l'intérêt du pays", affirme le député islamiste modéré Mohammad Habache. Les autorités leur ont fait plusieurs fois des promesses restées lettre morte.

Il explique en outre que les formations kurdes "ont haussé le ton car elles ont réalisé que les circonstances internationales étaient plus favorables" alors que "le sentiment national kurde s'est accru" en raison de la situation en Irak.

"La solution est que l'Etat réponde rapidement aux demandes des Kurdes, pour éviter que cette situation ne soit exploitée par des parties étrangères", estime-t-il, accusant notamment les Etats-Unis de vouloir "encourager des troubles pour intensifier les pressions sur la Syrie".

M. Habache est le président du Centre d'études islamiques à Damas, dont cheikh Khaznaoui était le vice-président, et assure que les autorités ne sont pas liées à son assassinat.

Le gouvernement syrien avait affirmé qu'une "bande criminelle" l'avait assassiné, mais les Kurdes sont sceptiques.

Fervent défenseur des droits des Kurdes de Syrie, cheikh Khaznaoui avait rencontré lors d'une récente tournée en Europe le dirigeant des Frères musulmans syriens Sadreddine al-Bayanouni.

Estimés à plus de 1,5 million, les Kurdes de Syrie représentent environ 9% de la population. En mars 2004, de violents heurts les avaient opposés aux forces de l'ordre ou à des tribus arabes à Qamichli, faisant de 25 à 40 morts.



© 1995-2008 Fondation-Institut kurde de Paris, 106, rue La Fayette, F-75010 Paris - Tél.: +33 (0)1 48 24 64 64 - Fax: +33 (0)1 48 24 64 66 Bottom